LA CERTITUDE ABSOLUE DE SA JUSTIFICATION
croyance humaine ou une fallacieuse apparence de foi. Néanmoins, on inculquait, on ordonnait catégoriquement à tous qu'ils eussent à être pénétrés de la certitude qu'ils possédaient la vraie foi, et par elle la justification ; c'était prétendre qu'une partie des hommes crussent tout simplement un mensonge. Il est vrai que Luther soutint quelquefois que les œuvres devaient servir à montrer à l'homme sa foi, et à lui donner la certitude qu'il possédait la foi justifiante : il ne sert de rien, disait-il, de posséder le plus grand trésor, si l'on ne peut le voir et s'assurer ainsi qu'on en est réellement en possession ; c'est à quoi devaient servir les œuvres, à l'égard du trésor de la foi. Mais admettre cela, c'est anéantir cette certitude , cette confiance que la foi doit posséder, d'après Luther, avant toute œuvre. En effet, si la certitude de la foi justitiante avait pour condition, dans la conscience de l'homme, la certitude des bonnes œuvres, l'homme ne pouvait plus sortir de son état de doute , de crainte et d'angoisse ; car, si c'est un acte des plus simples et des plus prompts que d'examiner si l'on approuve ou non certaines doctrines et certains faits, il n'en est pas de même quand il s'agit d'examiner ses propres œuvres, de scruter les motifs d'où elles sont nées : cet examen est, au contraire, une tâche difficile, longue, exigeant l'observation la plus soutenue de soi-même, et exposée aux illusions les plus nombreuses et les plus attrayantes. En outre, on voulait que l'homme jugeât de sa foi par ses actions toujours mêlées de péché, toujours impures et souillées, puisque, comme Luther le répète souvent, il transgresse chaque jour tous les commandements de Dieu*. Mais là-dessus Luther tombe dans une contradiction nouvelle : soutenant que l'homme, sans être justifié et en état de grâce, pouvait certainement faire des œuvres d'une apparence parfaite, capables d'induire en erreur et les autres et lui-même, et de faire croire qu'elles proviennent de la foi, tandis que pourtant c'est le contraire. En conséquence, il prétendait qu'il fallait juger les œuvres, non d'après leur nature ou leur valeur objective, mais uni-
Opp. lal. len. iv, 119, b. Secundum carnem quolidie adhuc contra omnia prœcepfa Dei peccamus, sed Paulus bene nos sperare j ubet, cum inquit : Deus niisit Filium siium.