LES ŒUVRES NE SONT PAS
quement d'après l'état de l'individu ; que si celui-ci avait la justice et la foi, ses œuvres plaisaient à Dieu; qu'au cas contraire, tout ce qu'il faisait était péché, si belles et bonnes que ses actions parussent être aux yeux du monde. Voilà donc la foi, à son tour, redevenue l'échelle propre à faire apprécier les œuvres ; l'homme doit avant tout, abstraction faite de toute ceuvre, être certain qu'il a la foi justifiante, et alors, mais alors seulement , il peut savoir que ses ceuvres aussi sont bonnes K Déplus, c'était précisément à cause de la tendance* à considérer les œuvres comme la mesure de la foi, et conséqueniment de la justice devant Dieu, que Luther adressait à l'EgUse le reproche de mêler la loi avec l'Évangile. Pour apprécier que ses œuvres sont vraiment bonnes et engendrées par la foi, l'homme ne doit pas les juger sur leur conformité avec la loi : il serait alors au niveau de tant d'infidèles et de mécréants, qui, d'après Luther, sont les plus zélés faiseurs d'œuvres commandées par une loi ; mais c'est de leur conformité avec l'Evangile, de la nature de sa foi, qu'il doit conclure à la bonté de ses œuvres, c'est-à-dire que la certitude de sa foi doit lui donner la certitude que toutes ses œuvres sont bonnes, c'est-à-dire agréables à Dieu, et ce n'est nullement de la nature de ses œuvres, chose douteuse et incertaine, qu'il doit conclure à la certitude de sa foi, parce que la foi doit porter sa certitude avec elle, Luther reconnaissait parfaitement ces conséquences de son système dans les moments où il en saisissait clairement l'ensemble, ou quand il n'avait point à répondre à des objections gênantes et à tenir compte d'expériences désagréables. 11 veut que l'homme, alors qu'il se propose de se rendre compte de son état de justice ou d'iniquité, n'ait jamais égard à ses œuvres et ne les prenne jamais pour mesure de sa valeur devant Dieu, parce qu'il ne manquerait pas de tomber dans de grossières illusions ; car il n'y a, suivant lui, aucune relation entre nos œuvres et notre justice devant Dieu , a cette dernière étant placée en dehors de nous, infiniment au-dessus de nous, et en dehors de toutes les œuvres et pensées des hommes. Nous nous trom-
* Ed. Walch. vi, 1015.