‹ La réformeChapitre 68 sur 270 · D APRES LES ŒUVRES · texte numérisé non relu

D APRES LES ŒUVRES

do Dieu, que nous enseignons dans sa vérité, il nous attaque, il déchire notre conscience comme si nous eussions vécu dans la honte et le péché K »

Secondement, c'est un point important de la doctrine luthérienne que, chez l'homme justifié, la foi rend toutes œuvres égales, que tout ce qu'il fait a une égale valeur devant Dieu, aussi bien l'acte le plus minime résultant de la nécessité physique, que les actes qui, selon les idées ordinaires, exigent le plus d'abnégation et de force morale.

« Dieu ne s'informe pas du nombre et de la grandeur de nos œuvres, mais il s'enqulert de la grandeur de notre foi ; parmi les œuvres, il n'y a aucune différence : toutes, grandes et petites, sont égales devant Dieu. Les païens jugeaient sur les œuvres; les chrétiens doivent juger sur la foi. Si la foi est grande , les œuvres aussi sont grandes ; si la foi est petite, les œuvres aussi sont petites. Telle foi , telles œuvres •• il n'en est point autrement ^

« Dans celte foi, toutes les œuvres deviennent égales ; elles sont l'une comme l'auiro, sans aucune difféi'ence entre grandes et petites, brèves et longues, peu et beaucoup. Car les œuvres ne sont point agréables à Dieu à cause d'elles-mêmes, mais à cause de la foi, qui est et vit en toutes indistinctement, si nombreuses et si diverses qu'elles soient. — D'oii il suit qu'un chrétien , vivant dans cette foi, n'a pas besoin de qui lui enseigne des bonnes œuvres ; mais il fait tout ce qui se présentera , et tout sera bien fait, comme Samuel dit à Saûl {I Samuel, chap. x, y 6, 7 ) :« Tu seras changé en un autre homme, quand l'Esprit te saisira. Alors fais ce qui se présentera à faire ; Dieu est avec toi.» Nous lisons de môme de sainte Anne , mère de Samuel (/ Samuel, chap. I, j^ 17, 18) : « Comme elle crut les paroles du prêtre Héli, qui lui annonçait la faveur de Dieu, elle s'en retourna en paix et contente, et ne se tourna plus tantôt d'un côté, lanlôt d'un autre, c'est à dire que tout ce qui se présenta lui fut dèslors égal.» Saint Paul dit également ( Ram. vni, 2 ) .« Où est l'Esprit du Christ, tout est libre.» La foi, en effet, ne se laisse point lier à des œuvres , et ne s'en laisse point non plus enlever ; mais, comme il est dit au premier psaume, verset 5 : « Elle donne ses fruits quand il est temps, c'est-à-dire, comme cela vient et se présente ^. »

1 Éd. Walch. IV, 2860-61. — » Éd. d'EisIeben. i, 161, a.

5 Éd. Walcb. X, 1570. — On peul remarquer, en lisant ce passage, la fai-

I 10 LUTHEll : COÎJTRE CEUX OUI s' APPLIQUAIENT

Troisièmement, enfin, Luther déclarait précisément que le soin et le zèle appliqués aux œuvres sont une source permanente de méfiance et de doute ; il insistait sur la nécessité de ne jamais faire intervenir nos actions, les bonnes comme les mauvaises, dans l'appréciation de l'état de grâce ou de péché, dans le cercle de la justification; de ne point par conséquent conclure de la foi, ni mesurer ou apprécier la foi d'après les œuvres. Par la justification, dit-il en développant cette idée % l'homme devient plus blanc que neige, bien que le péché, c'est-à-dire souillures de la chair et souillures de l'esprit, demeure encore en lui. Les souillures de l'esprit comprennent le doute touchant la grâce, la foi imparfaite^ le murmure contre Dieu, l'impatience, la connaissance imparfaite de la volonté divine; les souillures de la chair comprennent l'adultère, la concupiscence, les disputes et les querelles, etc. A cause de ces souillures, il est vrai, nous ne sommes jamais aussi purs que nous devrions l'être; mais, en dépit de cette impureté, nous sommes censés plus purs que neige, à cause de la pureté de Jésus-Christ, qui nous est imputée par la foi; car l'homme ne doit pas être considéré tel qu'il est en lui, mais tel qu'il est en Jésus-Christ, et par conséquent il ne lui est pas permis de douter de sa propre pureté, qui doit être une pureté entièrement extérieure et venue d'autrui.

Luther alla même jusqu'à prétendre que l'homme ne s'inquiétât point en général des œuvres de charité, par la raison qu'on ne pourrait supposer une application à ces œuvres sans supposer en même temps qu'on y met une certaine va-

blesse singulière, la nullité des preuves que Lulher prétend tirer de l'Écriture à l'appui d'une doctrine aussi grave, aussi importante, d'une doctrine qui forme avec toutes les idées reçues jusqu'alors le contraste le plus absolu, et qui, poursuivie et développée rigoureusement dans ses conséquences, eût conduit nécessairement à une transformation complète de la morale tout e.Tlière. Les deux premiers textes cités ne s'appliquent évidemment point au sujet en question. Le troisième passage, Luther l'a approprié à son but en l'altérant par l'interpolation du mot décisif tout: car, le passage en question {Il Corintlùens, m, 17, et non Rom. viii, 2) dit : Ouest C esprit da Seigneur^ là e^t la liberté, i\ savoir l'airrancliisscment de l'ancienne loi et du péché. Enfin, deais la quatrième citatiotî, tirée du psaume : Il portera son fruit en sa saison, personne aujourd'hui ne s'aviserait plus de découvrir que toutes les œuvres de l'homme qui a la foi sont égales.

1 0pp. lut. iéna, iv, 393.

Page 1