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A FAIRE DE BONNES ŒUVRES

leur, et par conséquent une certaine confiance. Or, en se plaçant dans cette condition , on troublerait infailliblement cette contiance pure et absolue qu'on doit avoir dans la grâce de la rémission des péchés et dans la justice uniquement imputée. C'est ainsi qu'en 1534 il disait : « Ceux qui se tour- >> mentent pour faire des œuvres, ne font qu'accumuler des » obstacles sur leur route , et seront difficilement ramenés »> à la grâce. Car, tandis que l'àme et la conscience sont » occupées des œuvres , elles ne font autre chose que de » s'exercer dans la méfiance envers Dieu ; et plus ces hom- » mes se donnent de peine, plus ils s'engagent dans cette » direction d'esprit, se méfiant de Dieu et se confiant en » leurs propres œuvres. Une prostituée ne fait jamais ainsi : » car, vivant dans des péchés griefs manifestes et publics , » elle a l'àme constamment ulcérée par la conscience de ses « péchés; elle n'a non plus nuls mérites, nulles bonnes œu- » vres en qui elle puisse mettre sa confiance, et de la sorte » il arrive qu'elle sera guérie plus aisément qu^un saint, » comme le dit Jésus-Christ lui-même ; car le saint est em- » péché par ses œuvres d'aspirer de tous ses efforts à la » grâce '. »

Ici se présentait une nouvelle question d'une importance majeure, aussi bien en théorie qu'en pratique : Que deviennent In foi et la justification chez V homme qui tombe dans des péchés (/raves? Or, Luther, comme nous le savons, enseignait que l'état de grâce et de justice est incompatible avec celui de péché mortel, et que l'homme tombé dans un péché de cette nature a dès-lors besoin d'un nouvel acte de foi ou d'une nouvelle imputation de la justice du Christ , pour recouvrer la justification. Quant à cette autre question, de savoir si le péché chasse la foi , ou bien si la foi devait d'abord être

* L. c. iir, 353, b. Qui anxie laborant in operibus, faciiint sibi magnum negolium, a-gre enim revocari ad graliam possunt. Aninuis autem et conscientia, tlum parât opéra, nibil aliud facit, quam ut se ad diffidtndum Deo exerceal, et quo magis laborat, eo firmiorem habituni gignit ad ddlidenduni Deo, et lidendum propriis operibus. Hoc nunquam facit scortum aliquod. Quia enira in apertis flagiliis vivit, liabet animum semper de peccatis saucium. Neque ulla mérita aut bona opéra habet, qui bus niti possit. Facilius autem servalur, quara sai-clus aliquis, sicut Cbristus quoque dicil, quia il!e operibus suis impedilur ne ad graliam adspiret.

1 1 2 l'incrédulité ,

éteinte et le péché commis n'être plus que le symptôme de l'incrédulité rentrée dans l'homme, Luther la décida en optant pour la seconde alternative :

« Quiconque croit ne peut commettre d'adultère ni pécher, comme dit saint Jean. Car la parole de Dieu, à laquelle il s'attache , est toute-puissante ; c'est la force du Seigneur qui le soutient et ne le laisse point tomber. Mais s'il pèche, c'est que certainement il a d'abord perdu la foi, s'est écarté de la parole et livré à l'incréduMlé. Or, où est l'incrédulité, là sont aussi ses fruits : l'adultère, le meurtre^ la haine, etc. ; c'est pourquoi, auparavant que le péché extérieur se commette, le plus grand péché, l'incrédulité, est déjà commis intérieurement. Aussi est il bien vrai qu'il n*est de péché que l'incrédulité , qui est péché et commet le péché. Et s'il était possible d'ôter l'incrédulité d'avec la haine ou le péché, celui-ci cesserait d'être péché. Ainsi, de même que la foi seule est et accomplit toute justice , do même l'incrédulité seule est et commet tout péché K »

« Nulle œuvre n'est si mauvaise qu'elle puisse damner l'homme, et nulle œuvre si bonne qu'elle le puisse sauver ; mais la foi seule nous sauve et l'incrédulité seule nous damne. Qu'un homme commette un adultère, ce n'est pas l'œuvre qui le damne , mais son adultère annonce que la foi l'a abandonné, et ceci seul le condamne : car il ne pouvait l'être autrement. Rien donc ne rend pieux et saint que la foi , et rien ne rend méchant que l'incrédulité ^»

Toutefois, Luther s'exprime sur ce point avec beaucoup de précaution : les pécheurs publics, manifestes et tout-à-fait éhontés, seront les seuls qui ne posséderont pas la foi ou Tauront perdue.

« La foi apportant la rémission des péchés , et Jésus-Christ étant venu pour ôter et anéantir le péché, il n'est pas possible que celui-là soit un chrétien et ait la foi, qui vit publiquement dans l'impénitence , se livrant à des péchés évidents et à ses mauvaises passions. Car, où il y a une vie aussi coupable, là il n'est point de repentance, et là où il n'y a pas de repentance, là il n'y a pas non plus de rémission des péchés, ni, par conséquent, rien de cette foi qui reçoit le pardon des péchés ^. »

Mais, dans la plupart des cas, le premier péché mortel n'étant précédé d'aucun acte intérieur d'incrédulité, c'est-à-

» M. Walch. XIX, 343. — * L. c. xr, 1897. — ' Éd. d'Iéna, 4598, vir, 185.

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