‹ La réformeChapitre 70 sur 270 · EST LE SEUL PÉCHÉ · texte numérisé non relu

EST LE SEUL PÉCHÉ

dire de rejet de la justice imputée de Jésus-Christ, dont l'homme puisse avoir la conscience, Luther du t admettre qu'on peut, même sans s'en apercevoir, retomber de la foi dans l'incrédulité, ou que la foi, d'abord de nature et d'opération divines, peut insensiblement se transformer en une foi purement naturelle et humaine, après quoi l'homme, dépouillé du trésor de la foi, est entraîné dans le péché par une irrésistible nécessité. Luther, il est vrai, n'a pas, que je sache, donné en aucun endroit de ses écrits une explication positive de ce fait ; mais ce fait est une conséquence irréfragable de sa doctrine, et c'eût été amoindrir, débiliter et compromettre singulièrement cette sécurité tant vantée, cette certitude infaillible de la foi, préconisée comme le plus grand avantage de son système, que de reconnaître et d'admettre comme point de doctrine que la foi peut être perdue par l'homme sans le concours de sa volonté et sans qu'il en ait conscience. Et il nous semble que c'est là justement le motif qui empêcha Luther d'être plus explicite sur ce point et d'aller plus au fond d'une question d'une pareille portée.

En revanche, nous voyons paraître, comme membre essentiel de l'ensemble de son système, une proposition que Luther faisait ressortir dès le début de sa carrière de réformateur. Cette proposition, c'est que : l'incrédulité est le seul péché ; que nul ne pèche tant qu'il a la foi, c'est-à-dire que rien de ce que fait celui qui a la foi ne lui sera imputé à péché.

« Jésus-Christ a arrangé et ordonné les choses de telle sorte, qu'il n'y ait plus qu'un seul péché, à savoir l'incrédulité, et de même, qu'il n'y ait plus aucune justice, si ce n'est la foi K »

« Il n'est plus de péché dans le monde, hormis l'incrédulité; les autres péchés dans le monde sont les péchés de M. Simon. Quand mon petit Jeannot ou ma petite Madelon vont ch..r dans un coin \ on rit coaime si c'était bien fait. Et voilà comment

' Éd. de Leipzig, vu, 537.

■ Nous demandons pardon à nos lecteurs de faire entendre à leurs oreilles un langage aussi trivial. Nous avons hésité d'abord si nous ne devions pas mitiger de pareilles expressions dont déjà nous avons rencontré des exemples. Mais nous nous sommes résigné à les laisser subsister dans toute leur crudité, de peur de nuire à Voriginaliié du Réformateur en retranchant des choses qui'lui constituent une sorte de couleur locale assez singulière.

{Note du Trad.)

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114 LUTHER : DE l'ÉTAT DE PECHE

aussi notre foi fait que nos ordures ne puent pas devant Dieu. Somme toute, ne pas croire au Fils unique de Dieu, voilà ce qui seul est péché en ce monde, et qui seul fera juger le monde *. »

Ici nous voyons que c'était encore le caractère consolant de sa doctrine que Luther faisait valoir : cette sécurité, cette tranquillité avec laquelle on devait se mettre au-dessus de tous les symptômes d'une iniquité profondément enracinée, au-dessus de tous les reproches d'une conscience chargée , dans la ferme conviction ijue tous les péchés, quoique renouvelés sans cesse, ne remettent point en question l'état de grâce de l'homme j qu'il est, au contraire, en possession incontestable de la justice, et que tout ce qu'il fait, en sa qualité de créature agréable à Dieu, lui est également agréable.

Il nous faut ici, dans l'intérêt de l'ensemble, remettre sur le tapis quelques points déjà indiqués et les traiter avec plus de développement. Au nombre des moyens de consolation les plus efficaces de la doctrine de Luther, il faut ranger une méthode qu'il recommande très-fréquemment et qui consiste à considérer comme tentations de Satan tous les reproches de conscience, tous les sentiments de crainte et d'angoisse nés de la continuité de nos vices et de nos défauts, ou des péchés commis, et à les combattre, à les travailler, à les étouffer en luttant de toutes nos forces. Luther, en fait de conseils pour parvenir à ce but, était d'une fécondité singulière. Souvent encore il ne se donne pas même la peine de développer et d'établir par des raisonnements l'idée que tous les remords viennent du Malin : il admet la chose comme allant de soi, met sur la même ligne, comme ennemis principaux du chrétien, et la loi et Satan, ou désigne la loi comme l'arme redoutable dont le Démon se sert pour assaillir les hommes, et se répand alors en conseils sur la manière de combattre et de repousser le Diable, c'est-à-dire la voix de la conscience 2.

1 Éd. Walch. XIII, 1480.— Voyez : Réforme, i, 251.

2 0pp. lat. leii. IV, 386, b. Cum Satan vexât conscienliara per legem, — tune utile est se opponere Satanœ, et dicere : Quid ad te? tamen non peccavi tibi, sed Deo meo ; non sum luus peccalor, quid igitur juris tibi in me est? Si igitur peccavi, et est vere peccatum, quod accusas (quia Satan nonnunquam vanis peccatis lerret animas) Deo peccavi, qui est misericors et longanimus; non peccavi tibi, non legi, non conscientiîr, nulli honiini, angelo nulli, sed soli Deo.

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