‹ La réformeChapitre 72 sur 270 · DU DANGER D'INSISTER · texte numérisé non relu

DU DANGER D'INSISTER

« Tu diras donc : Que me parlez-vous de ma dignité ; que je sois digne ou indigne, je ne m'en inquiète nullement; cela est loin de moi. Que dans ma conduite extérieure je sois indigne, soit -.je sais bien que je suis impur et coupable. Mais au-dedans, je suis beau d'une parure étrangère ; là je suis entièrement saint et revêtu des plus beaux ornements ^»

« Les vrais saints sont ceux-là seulement qui ont du péché, mais à qui on ne l'impute pas à cause de leur foi dans le Fils de Dieu et par grâce. — Or, dès que tu portes ta vue sur cette imputation, oseras-tu dire que tu n'es pas saint? Jésus-Christ n'aurait-il pas, à cause de ôela, pris sur lui tes péchés? — Que ta confiance ne soit pas si mince et si petite , mais pleine et entière, afin que tu croies avec certitude que tu es saint et enfant de Dieu, non à cause du mérite de ta chevelure dorée, ni à cause de tes bonnes œuvres , ni parce que tu es exempt de péché, mais de par le Fils de Dieu, qui s'est chargé de tes péchés et t'a orné de sa sainteté et de sa justice ^. »

Luther ne dissimulait ni à ses adhérents ni à soi-même que sur ce point, comme sur tant d'autres, il s'écartait fort loin de la doctrine enseignée jusqu'alors par l'Église. Il s'attachait même à faire valoir cette opposition entre l'ancienne doctrine et la nouvelle, comme une des preuves les plus manifestes de la consolation et de la tranquillité que son système procurait aux hommes. C'était, disait-il, chez les théologiens catholiques, une prétention non moins insensée que dangereuse, que de recommander avec tant d'instance qu[on se purifie de ses péchés, et de représenter comme possible et nécessaire cette purification et cette sanctification perpétuelles. Il veut qu'on enseigne, au contraire, qu'alors même que le chrétien s'irriterait et murmurerait contre Dieu, cela ne nuit en rien à sa justice.

« Un chrétien est à la fois juste et pécheur, tour à tour aimant et invoquant Dieu , ou s'irritant et murmurant contre lui. Nul sophiste ne veut admettre cette vérilé ; car ils ignorent et n'ont jamais éprouvé ce que ressent un chréUen. Voilà pourquoi ils ont forcé les gens à se mettre à la torture pour accomplir de bonnes œuvres, jusqu'à ce qu'ils ne sentissent plus absolument de péché en eux ; de la sorte, ils ont fait perdre l'esprit à quantité de gens, qui se donnaient beaucoup de peine et travaillaient de

i L. c. V, 629, — « L. c. VI, SiiOl.

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toutes leurs forces, et même au-delà de leurs forces, à se débarrasser complètement de leurs péchés, sans pouvoir y parvenir. Aussi, grand nombre de ceux-là mêmes qui ont inventé et répandu cette doctrine impie, ont fini par tomber dans le désespoir, et il nven serait certainement arrivé autant si notre Seigneur Jésus- Christ, par sa grâce, ne m'eût délivré d'une si dangereuse erreur '. »

Le passage suivant est également dirigé contre les théologiens catholiques, les sophistes, comme Luther se plaît à les qualifier, qui prétendent qu'en commettant des péchés graves on repousse et on expulse la grâce divine. On leur oppose la consolante doctrine de l'innocuité des péchés de celui qui a la foi.

« Quand les sophistes et les faux dévots font du bien, ils ont la grâce ; quand ils pèchent ou tombent , ou sentent le péché, la grâce tombe aussi ; ils la perdent et sont obligés de la chercher et de l'acquérir à nouveaux frais par leurs propres œuvres. Voilà tout ce qu'ils savent. — Voici comment il te faut, d'un esprit simple, concevoir le règne de la grâce : Dieu, par la promulgation de son Evangile, a bâti, au-dessus de nous qui avons la foi, un nouveau et vaste ciel, le ciel de la grâce, qui est infiniment plus vaste et plus beau que le ciel visible à nos yeux, et, avec cela, éternel, certain et impérissable. Or, quiconque est sous ce ciel ne peut ni pécher ni être dans le péché •• car c'est un ciel de grâce, éternel et infini ; et bien qu'un homme pèche ou tombe, il ne tombe pas en dehors de ce ciel, à moins qu'il ne veuille point rester dessous, et préfère se plonger dans l'enfer avec le diable, comme font les incrédules ^. »

La nature consolante de cette doctrine tenait principalement à ce que l'homme, , pourvu qu'il fût sûr de sa foi, et c'est par là que dans ce système il faut commencer, était immédiatement certain de l'innocuité de tous les péchés, même de ceux qu'il commettrait encore chaque jour. Aussi ne doitil pas se troubler s'il s'aperçoit qu'il continue à commettre toujours les mêmes péchés qu'il voit commettre par les incrédules ; car c'est là précisément l'avantage de celui qui a la foi, qu'on ne lui impute pas ces péchés.

« Les sophistes commettent une erreur funeste , alors qu'ils

* L. c. vm, 2054. — ' L. c. v, 1682.

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