SUR LA PURETÉ DE CŒUR
suivant lui, cette pureté ne consiste qu'en ce que l'homme, au lieu de considérer le péché comme une chose pratiquée par lui et qui l'intéresse, ne l'envisage que comme une chose imputée à Jésus-Christ, et, par cela même, devenue étrangère à l'homme. 11 va même, sans scrupule, jusqu'à ajouter que c'est une manière criminelle et blasphématoire d'envisager le péché, que de le considérer comme existant dans notre propre cœur. L'homme , suivant lui, doit dire avec confiance : Mes péchés ne sont pas miens ; ils sont hors de moi en autrui , car ce sont les péchés de Jésus-Christ. Tout le christianisme ne serait autre chose que de se remémorer et de s'appliquer sans cesse cette idée : Tu n'as point de péché en toi, bien que tu aies péché ; mais tes péchés sont attachés à Jésus-Christ *. Le passage qu'on va lire a pour objet de faire voir comment on peut interpréter d'une manière bien consolante le sermon de la montagne, et comment il faut rabattre des conditions et des exigences que Jésus-Christ y exprime.
« Donc, on nous a enseigne qu'il faut nous faire un cœur pur, en en chassant les pensées impures. Voilà qui est bien dit et une bonne résolution ; mais il ne suffît pas de cela pour que nous en soyons débarrassés. Car l'expérience prouve que quand on en met une dehors, i! en rentre dix, et quand on en chasse dix il en revient cent , de sorte que nous avons beau vouloir nettoyer et balayer, il nous est impossible de purifier notre cœur. Le sang et la chair débordent toujours , quelque peine qu'on se donne pour leur boucher toutes les issues. Voilà pourquoi saint Paul veut que le cœur soit tellement purifié, qu'on ne se fasse aucun scrupule ; c'est ainsi qu'il dit à Tite ( chap. i ) '.Toutes choses sont pures pour ceux qui sont purs. Et Jésus-Christ dit ( saint Matthieu, chap. v ) : Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu. Ainsi, avoir un cœur pur, ce n'est pas seulement n'avoir point de pensées impures ; mais c'est avoir la conscience éclairée et affermie par la parole de Dieu, de telle sorte qu'elle ne se souille plus à la loi- Il faut donc qu'un chrétien sache qu'il ne peut lui nuire d'observer la loi ou non, de faire même ce qui est ailleurs défendu, ou d'omettre ce qui est ordonné ; il n'y a point de péché en lui, car il ne peut en commettre, son cœur étant pur. Mais un cœur impur, au contraire, se souille et pèche en toutes ohoses, étant tout plein de la loi «. »
* L. c. in, 425. —î Éd. d'Iéna, ii, A78.