‹ La réformeChapitre 76 sur 270 · COMPATIBLES AVEC LA FOI ET LA JUSTICE · texte numérisé non relu

COMPATIBLES AVEC LA FOI ET LA JUSTICE

soyons pleins , et que môme nous ne soyons que péché , audedans et en dehors, de corps et d'àme, du sommet de la tête à la plante des pieds; mais il ne voit que le pur et précieux sang de son Fils bien-aimé, notre Seigneur, dont nous sommes inondés. Car ce sang, c'est la robe d'or de la grâce dont nous sommes revêtus, et sous laquelle nous nous présentons devant Dieu, de manière qu'il ne peut ni ne veut nous considérer autrement que si nous étions son bien-aimé Fils lui-même, tout plein de justice, de sainteté et d'innocence *. »

« Si nous ne conservons que cette seule parure, si nous nous enveloppons de la mort du Fils de Dieu, si nous nous couvrons et nous voilons de sa résurrection, et n'y renonçons jamais, notre justice sera tellement grande, que tous nos péchés, quels qu'en soient la nature et le nom, ne seront que comme une petite étincelle, tandis que notre justice sera comme une immense mer 2. »

Tout cela une fois admis, Luther avait pleinement raison de considérer toute appréhension de la conscience comme une preuve que la grâce est perdue 3. Car, pour atteindre sûrement son but, pour donner à l'homme une profonde sécurité, pour le rendre sourd à la voix de sa conscience, malgré le sentiment de ses péchés, malgré toute la fureur de ses appétits et de ses passions charnelles, Luther affirme et répète que la plus grande, la plus douce consolation est de pouvoir se dire ; « Tu veux avoir une justice sensible? Tu fêûx sentir ta justice, comme tu sens ton péché ? Cela ne sera pas ! Mais il faut que ta justice l'emporte sur le sentiment du péché, bien qu'elle ne soit ni visible ni sensible, et que tu puisses seulement espérer qu'elle se manifestera en son temps * I »

Même alors qu'il a le plus vivement la conscience de ses fautes, et qu'il se sent entièrement livré à la tyrannie du péché, entièrement enchaîné dans ses liens, l'homme, ainsi que le prétend Luther, n'en doit pas moins se dire : « D'après mon sentiment, je suis entièrement rempli de péchés, je ne suis pas juste, mais pécheur. Néanmoins, je sais que je suis juste, car je crois en Jésus-Christ ^ » — « Tu ne dois pas sen-

' Éd. Walch. VIII, 878. — 2 L. c. xii, 2643.

5 Comm. in Galat. Francof. 1543, f. 13 : Si adest conscientiae pavor, siguiim est, jusliiiara hanc ablalam, gratiara amissam e«se e conspeclu, et Gliiistuni obscuratum non videri.

-^ Comm. in Galat. éd. Iniiischer, 11, 312, ss. — '^ L. c. p. 318.

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