‹ La réformeChapitre 77 sur 270 · SÉPARATION DE LA CONDUITE · texte numérisé non relu

SÉPARATION DE LA CONDUITE

tir, dit Luther, mais croire que tu as la justice; et si tu ne crois pas que tu possèdes la justice, tu te rends coupable d'un affreux outrage et d'un blasphème envers Jésus-Christ i. »

Si donc l'homme se sent eflrayé, intimidé par quelque parole de blàme ou de menace de Jésus-Christ, il ne doit l'attribuer, dit Luther, qu'à Satan seul, qui se sert des paroles du Christ pour jeter l'homme dans des angoisses tout-à-fait inutiles, et pour faire chanceler sa confiance dans l'infaillibilité du salut. Ainsi, selon lui, c est Satan qui met devant les yeux de l'homme celte parole de Jésus-Christ : « Si vous ne faites pénitence , vous périrez tous et serez damnés ; » c'est lui qui nous salit et nous empoisonne de son venin la connaissance pure et certaine du Christ, et qui fait que, quoique nous croyions que Jésus-Christ est notre médiateur et notre sauveur, nous le regardons pourtant dans notre conscience comme un cruel et terrible tyran, comme un geôlier. De la sorte, induits en erreur par la ruse de l'ennemi du genre humain, nous perdons de vue l'image consolante de notre grand-prêtre et de notre médiateur Jésus-Christ^.

Autant Luther s'appliquait à établir que la continuité du péché ne nuit point au fidèle, autant, d'un autre côté, il mettait de soin à rendre suspects et à déprécier le zèle pour les bonnes œuvres, les pratiques ascétiques, l'aspiration à la sainteté. A la vérité, lorsqu'il s'agissait de repousser des objections, ou de décliner la responsabilité des funestes conséquences morales de son système, dès-lors généralement observées et signalées, il avait coutume de présenter sa doctrine de façon à faire croire qu'il regardait la pratique active de l'amour de Dieu et du prochain , le zèle pour les bonnes œuvres, comme l'effet certain et naturel de la foi. Mais luim.ème ne parvenait pas à se soustraire entièrement à l'idée qu'il est impossible de considérer les bonnes œuvres et toute la sanctification morale intérieure de l'homme comme une chose nulle et de nulle valeur devant Dieu, sans aucun rapport avec le salut des âmes, et de déployer en même temps,

* L. c. p. 319 : At non sentio me habere juslitiam, nut saltem îenuiler senlio. jSon senlire, sed credere debcs te juslitiam habere, et nisi crediderisîe esse justum, insigni contumelia et blaspbemia aificis Cbrislum.

» Éd. Walch. VIII, 1622.

d'avec L\ .lUSTICE DE LA FOI. 123

(l'un autre côté, un zèle ardent et durable dans l'accomplissement de la tâche la plus difficile.

Luther aime aussi à peindre comme deux domaines entièrement distincts, comme deux sphères sans point de contact aucun, la vie du chrétien et sa foi aux choses accomplies par Jésus-Christ. L'homme se trouve dans l'une de ces sphères, alors qu'il s'agit de sa valeur devant Dieu et de son salut; dans l'autre, quand il est question de devoirs, de conditions terrestres ou civiles. Le meilleur de l'art du chrétien est de savoir ce qu'est et fait Jésus-Christ. « Car tout cela (ce qu'on doit faire ou ne pas faire) appartient à une autre sphère, qui est la sagesse et la justice humaine ; cela n'est que de cette vie, et quand nous y serons, nous trouverons assez de choses à faire ou à ne pas faire, et nous aurons recours aux juristes. Mais dans cette sphère-ci, où nous devons être chrétiens, et dans cette école, où nous apprenons à connaître Jésus-Christ, nous ne discuterons nullement touchant nous-mêmes, touchant ce que nous avons fait ou ce que nous n'avons pas fait, ni touchant ce que nous devons faire ou ne pas faire; mais nous nous appliquerons à ce qui doit faire la base de notre foi, nous sortirons de nous-mêmes pour nous enfermer dans cet article,, et nous apprendrons ce que l'homme a fait pour nous 1. »

« Mes œuvres, je les laisse ici-bas, avec la sagesse et la vie humaines , pour qu'elles ne se mêlent point à ma foi et à la confiance de mon cœur. Je possède au ciel un trésor bien plus grand , à savoir, Jésns-Christ , à qui je m'attache , ainsi qu'à ses œuvres, à sa justice, à sa sainteté, à sa sagesse ; bref, je ne veux point entendre parler de mes œuvres, ni de celles d'aucun homme, lorsqu'il s'agit de ma foi ; mais je ne crois qu'en Jésus- Christ ; car ni moi, ni nul homme n'a souffert et n'est mort pour moi. Alors il faut ouvrir les yeux , et voir comment toutes nos œuvres sont perdues, et comment il faut que nous possédions celui qui nous donnera la confiance de nous présenter devant Dieu, et d'obtenir la grâce et le pardon de nos péchés. Voilà ce que ne peuvent nos papistes ni les autres sectes, ni tous ceux qui voudraient parmi nous se croire maîtres , ni non plus nousmêmes, qui pourtant devrions le pouvoir et le voudrions bien -. »

» Éd. (Vléna, 1578, vi, 69, b. — « E. c. f, 69, a.

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