LUTHER : DE LA DOCTRIINE DIABOLIQUE
Luther regarde comme un artifice de Satan cette pressante recommandation des bonnes œuvres. L'implication des bonnes œuvres dans la foi justifiante lui paraît la plus dangereuse des tentations, destinée à appeler sur son Église les plus graves périls.
« Je l'ai souvent dit'et je le répète, il faut séparer la vie des saints d'avec la parole de Dieu qu'ils professent, comme la terre est séparée d'avec le ciel. Je ne saurais assez prêcher cela. Je parle ici des bonnes œuvres des saints , tels que saint Pierre et Marie, et non des œuvreâ de Jésus-Christ ou des anges. Car le diable ne peut que prêcher des bonnes œuvres , et quand nous serons trépassés, vous verrez quelle sera sa fureur contre l'Evangile, et c'est un tour dont vous ne vous apercevrez pas ni les prédicateurs non plus , si sages qu'ils soient. Toujours le diable vient parler d'œuvres. C'est pourquoi , séparez les œuvres ou la vie d'avec la parole, afin de n'être point égarés de la parole de Dieu vers les œuvres, ou vous êtes perdus ^ »
Voilà pourquoi Luther affirme aussi que rien ne mène plus droit à l'enfer que la vie édifiante et la conduite pieuse.
r II n'est scandale plus grand, plus dangereux, plus venimeux, que la bonne vie extérieure manifestée par les bonnes œuvres et une conduite pieuse. C'est la porte cochère et la grande route qui mènent à la damnation. Quelle horrible abomination d'incrédulité et de vie impie n'est pas cachée sous cette belle vie ! quel loup sous la toison ! quelle prostituée sous la couronne virginale 2. »
Aussi Luther inculque-t-il avec force à ses lecteurs combien il est dangereux de mener une vie sainte* En général, il pemt l'aspiration vers la sainteté, le désir des bonnes œuvres et des actes pieux, comme une incitation instinctive de la nature humaine totalement corrompue, qui espérerait y trouver la paix et la satisfaction de sa conscience, tandis que, selon la volonté de Dieu, la confiance dans la justice de Jésus- Christ procure seule cette paix. C'est à cette idée que se rattachaient les efforts de Luther pour rendre suspects aux Allemands ceux qui s'étaient distingués par une éminente sainteté. Leur vie, disait-il, était beaucoup plus pernicieuse
» Éd. Walch. m, 1193. — 2 L. c. xi, 3/i9 etsiiiv.