‹ La réformeChapitre 79 sur 270 · SUR LA NECESSITE DE LA SANCTIFICATION · texte numérisé non relu

SUR LA NECESSITE DE LA SANCTIFICATION

que celle des impies, parce qu'ils enseignaient une doctrine humaine.

« Il faut que nous sachions que chacun d'entre nous porte dans son sein un gros moine. Nous voudrions bien tous avoir de ces œuvres précieuses dont nous puissions nous glorifier, disant : Voici ce que j'ai fait : j'ai payé mon Dieu en prières et en bonnes œuvres; aussi vais-je d'autant plus jouir de la paix en ma conscience. Car moi aussi , lorsque j'ai vaqué aux devoirs de ma charge et m'en suis acquitté avec zèle, il m'arrive d'être plus content, plus joyeux que si je l'avais point fait. Ce contentement n'est pas sans doute mauvais en soi ; mais il n'est pas dans la foi, il n'est pas pur ; c'est une de ces joies qui tendent à capter et à égarer la conscience ^ >»

« Il a été dit que les saints se trompent souvent et causent du scandale par doctrines et par œuvres humaines. C'est pourquoi Dieu ne veut pas que nous regardions leur exemple, mais que nous ayons les yeux sur son Ecriture ; de là vient qu'il décrète souvent que les saints enseignent la doctrine humaine et les œuvres. D'un autre côté, il veut que souvent ce soient les mondains qui enseignent l'Ecriture pure et sans mélange ; et de la sorte il nous préserve de scandale de part et d'autre; à gauche, du scandale de la méchante vie des mondains; à droite, du scandale de la vie des saints, si pieuse en apparence. Car, si tu n'envisages la seule Ecriture, la vie des saints est dix fois plus pernicieuse, plus dangereuse et plus scandaleuse que celle des gens mondains, ceux-ci commettant des péchés graves et grossiers, faciles à reconnaître, au lieu que les sanits ont dans leurs doctrines humaiues un brillant subtil et attrayant qui , comme le dit Jésus - Christ , pourrait séduire et tromper même les élus '. »

« Les moines ont des œuvres bien grandes dont ils espèrent leur salut. Mais ils ne sont pas dans la bonne voie ; car nous devons dédaigner, mépriser, condamner nos œuvres, qui nous nuisent pour notre salut et devant le trône de Dieu. — L'Evangile est prêché pour abattre les hommes avec leurs œuvres ; de même que la foudre ruine beaucoup de choses en un clin d'œil, de même fait l'Evangile à l'endroit des hommes, mettant leurs œuvres et leurs actes à néant. — Gardez-vous donc par-dessus tout de vous confier en vos œuvres. Car le meurtre, le vol, la rapine, ne sont pas des péchés aussi grands que de vouloir pénétrer dans le ciel avec les œuvres. — Voilà la loi : c'est que je

* L. c. V, 620. — * L, c. XI, A55.

1 26 LUTHEll

mette en Jésus-Christ toute la confiance de mon cœur, que je croie fermement en lui, que je le prie de me venir en aide, que je sois convaincu qu'il le veut, sans égard pour aucune œuvre, que je sois digne ou indigne, aimé de Dieu ou non. — Arrière donc toutes les œuvres! Elles n'y peuvent rien. Les œuvres sont ce qu'il y a de plus préjudiciable au salut , ainsi que je l'ai dit tout-à-l'heure ; la toi est si pure et si dégoûtée , qu'elle ne veut pas des œuvres et ne les regarde point : elle veut être seule maîtresse ^ »

Luther pense donc que, pour ce qui est de la justice devant Dieu, les grands pécheurs sont dans une meilleure situation que ceux qui se sont appliqués à se purifier et à se sanctifier et qui ont été zélés pour les bonnes œuvres, attendu que ceux-ci ne peuvent guère échapper au danger de mettre quelque confiance en leurs propres œuvres.

« Or, en se préoccupant des œuvres, l'àme, ou la conscience, ne fait autre chose que de s'exercer dans la méfiance envers Dieu, et plus elle fait d'efforts, plus elle se fortifie dans la méfiance envers Dieu et dans la confiance aux œuvres propres. Une prostituée publique n'en agit pas ainsi, parce que , vivant dans une infamie manifeste, elle a le cœur constamment blessé par le péché. Elle n'a non plus ni œuvres, ni mérites, en quoi elle puisse mettre sa confiance. Et pourtant, elle sera plus facilement sauvée encore qu'un saint ; car le saint est empêché par ses œuvres d'avoir le désir de la grâce. Aussi, je tiens pour vrai ce proverbe allemand, que du gibet il s'envole vers le ciel plus d'âmes que du cimetière. Les premières, en effet, ne se sont point exercées à se méfier de la bonté de Jésus-Christ -. »

« Il ne faut donc point que tu perdes courage, bien que ta conscience tremble et se débatte dans le sentiment du péché ; car plus tu es infâme et souillé^ plus Dieu est disposé à t'accorder la grâce ^. »•

Une chose qui le choquait beaucoup, c'était qu'on parlât de héros chrétiens, de gens particulièrement saints dans l'Église. Dans l'esprit de son système il était, en effet, rationnel de conclure que là où la justice et la sainteté sont purement imputées, il ne peut être question d'un degré supérieur de sanctification, qui donnerait à certains individus particuliers

* Sermons inédits (le Luther, publiés par Hœck, pp. 48, 52, 72 et ss. » Kcl, Walcli. VI, 5/»8. — s Ed. de? Leipzig, xiv, 128,

ET, PARTAÎNT, GÉNÉRALE. 127

une proéminence sur la masse des chrétiens. De môme qu'il insistait sur ce que chaque chrétien, quelqu'empêché qu'il fût par le sentiment de son imperfection morale, se qualifiât néanmoins de saint et se mît hardiment au niveau de tobt autre, de même il s'otTensait de ce qu'on nommât saints les apôtres saint Pierre, saint Paul et d'autres, leur attribuant ainsi, par une sorte de privilège, une certaine sainteté propre et inhérente.

« Qu'aurait-on besoin d'une si grande miséricorde, si les iioinmes étaient par avance pieux, justes et saints? Mais la miséricorde de Dieu étant si grande, il ne doit y avoir aucune sainteté chez les hommes. C'est donc une pure imagination, une parole vaine, de dire que les gens sont saints ; de même que ce serait une vaine imagination, une parole vide, de dire que Dieu est tombé dans le péché, ce qui est impossible et ne saurait jamais arriver. Il faut donc dépouiller cette vieille erreur et cette superstition d'appeler saints les apôtres Pierre et Paul , et de s'imaginer qu'ils ont été sans péché ; car ils furent pécheurs comme d'autres hommes : Dieu seul est saint. Mais nous et tous les fidèles, nous nous nommons saints de ce que Jésus-Christ s'est sanctifié pour nous et nous a fait don de sa sainteté, de sorte qu'il n'est aucune différence parmi nous autres hommes, étant tous ensemble pécheurs, et sanctifiés uniquement par Jésus-Christ ^ »

♦c Le larron sur la croix , à la droite du Seigneur , est saint en Jésus - Christ , aussi bien que saint Pierre, et peu importe que saint Pierre et saint Paul aient fait des œuvres plus grandes que le larron, ou que toi et moi. Car nous sommes les uns et les autres pécheurs de notre nature, et avons besoin de la grâce et de la miséricorde de Dieu. Or, si quelques saints ont commis moins de péchés extérieurs et grossiers, ils ont néanmoins tous, y compris les Apôtres , ressenti souvent dans leur cœur la présomption, le dégoût, le désespoir, le reniement de Dieu , et telles autres fautes nées de la fragilité humaine , de sorte qu'on ne peut découvrir ni voir dans l'homme rien de saint, ni de bon ^. »

« Tous ensemble nous sommes lavés de nos péchés par le sang de Jésus -Christ et mis eu possession des dons célestes. Si donc il en est ainsi , et c'est chose certaine , nous sommes tout d'abord saints à l'égal de Marie et de tels autres saints,

* Éd. Walch. V, l'2h. — - L. c. pa^. 725.

Page 1