‹ La réformeChapitre 81 sur 270 · DE SE CONSIDÉRER COMME SAIÎNT · texte numérisé non relu

DE SE CONSIDÉRER COMME SAIÎNT

sus-Christ, Quel Turc, quel Juif serait assez profondément mauvais pour penser ou dire de pareilles choses * ?»

« Il faut que nous sachions qu'il est deux sortes de sainteté. L'une est le Verbe , qui est la sainteté même. Mais ceux qui ont le Verbe, cette sainteté leur est imputée, et leur personne est tenue pour sainte, non à cause d'eux et de leurs œuvres, mais à cause du Verbe, qui sanctifie toute leur personne. Voilà pourquoi l'Eglise est appelée sainte, et nous aussi sommes appelés saints ; car nous avons une sainteté pure, non par nousmêmes, mais une sainteté venue du Ciel. Et cette sainteté, il ne la faut dédaigner, ni avoir honte d'être appelé saint : car en ne nous glorifiant pas de cette sainteté, nous sommes coupables de violence et de révolte envers le vrai Dieu, qui nous sanctifie par sa parole. «Mais, dis-tu, je suis un pauvre pécheur. » — « Je sais bien, te répond Dieu, que tu es un pécheur, et si lu ne l'étais, je ne voudrais pas te sanctifier : tu n'aurais que faire du Verbe. Mais c'est parce que tu es un pécheur, que je te sanctifie. L'autre sainteté est une fausse sainteté, une sainteté d'œuvres ^.»

« Cette folle humilité, cette humilité fallacieuse et honteuse ne mérite point de louanges. Car, vouloir nier à cause de ses péchés qu'on soit saint , ce serait nier le sang du Christ et le baptême. — Je suis donc saint parce que je puis dire avec une foi exempte de doute et une conscience dégagée de crainte : Quoique je sois un pauvre pécheur, Jésus-Christ est saint avec son baptême, sa parole, son sacrement et le Saint-Esprit. Voilà la seule vraie sainteté qui nous est donnée par Dieu. De même que nous ne devons point nier que nous soyons baptisés et chrétiens , aussi peu nous devons nier et révoquer en doute que nous soyons saints. Et il serait bon de bien inculquer cela aux gens, et de les habituer à ne pas s'en effrayer, pour qu'il ne leur arrive pas ce qui m'arriva, comme à d'autres, embourbés comme moi dans la moinerie et l'incrédulité ; je fus épouvanté de ce qu'un homme dût sur cette terre se tenir pour saint, ou se faire appeler saint. — Ainsi, nous ne glorifions point notre propre sainteté, cette sainteté d'œuvres, tout empestée, mais son baptême (de Dieu), sa parole, sa grâce, son esprit que nous n'avons point de nous-mêmes , mais qui nous sont donnés par lui ^ »

« Si je suis chrétien, il faut que je dise que je suis saint et chrétien, par la raison que lui ( Jésus-Christ ) est saint, et mourir sous ce nom ; et quoique ma conscience me reproche d'être

* L, c. pag, 1795. — « L. c. n, ô72, — » L, c. viii, 268 et ss.

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