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LA DOCTRINE DE L' IMPUTATION

un pécheur, il faut que je demeure dans la conviction que sa sainteté est plus grande que mon péché '. »

Assurément, ajoute Luther, il est difficile de croire ainsi, bien fermement, à sa propre sainteté. « Je m'y étudie tou- » jours ; car c'est chose difficile qu'un pécheur dise : J'ai un » siège au ciel à côté de saint Pierre; mais pourtant il faut ^ louer et exalter cette sainteté ^ » Mais, dit-il, pour être saint devant Dieu, l'art consiste à détourner entièrement la vue de sa propre vie et de sa propre conduite vis-à-vis des commandements ^.

« Toute la sainteté du chrétien est donc une sainteté purement d'imputation. »

« Quand on croit bien véritablement que la seule sainteté de Jésus-Christ compte devant Dieu, et qu'elle est notre sanctification, cette foi rend en effet sainte toute notre vie et nos œuvres, non à cause de leurs mérites, mais à cause de cette foi d'où elles découlent , et sans laquelle nulle vie , nulle œuvre n'est agréable à Dieu. De là tu peux juger et répondre, alors qu'on te demandera quel est l'état le plus saint de la vie sur celte terre : Cet état n'est autre chose que l'état ordinaire du chrétien, c'est-à-dire de ceux qui croient que Jésus-Christ seul est notre sainteté, et que par cette sainteté principale tout ce qui est en nous, notre conduite, nos actions, nos œuvres, est qualifié saint comme notre personne '*. »

Et il ajoute que c'est une abominable imposture des pré-

' L. c. XI, 305A. — 2 Éd. d'Iéna, 1575, v, 320.

3 Môme parmi ses proches, à qui il inculquait avec ardeur celte ferme foi en leur sainteté propre, on avait beaucoup de peine à se défaire des anciennes idées (l'abomination papiste). « Le docteur Martin demanda ù sa femme, si elle croyait en effet qu'elle fût sainte. Alors, s'élonnant fort, elle répondit : Gomment serais-je sainte, puisque je suis une grande pécheresse? A quoi le docteur Martin reprit: Voyez donc cette abomination papiste, comme elle a corrompu les cœurs, envahi et souillé tout le dedans des liomraes jusqu'à la moelle des os, de sorte qu'ils sont incapables de plus rien voir, que la piété et la sainteté extérieure et individuelle, que chacun possède à part soi. Puis, se tournant vers elle, il ajouta : Si tu crois que tu es baptisée et chrétienne, il faut croire aussi que tu es sainte; car, voilà la vertu du saint baptême, de changer et de métamorphoser les péchés, non qu'ils n'existent plus ou ne se fassent plus sentir, muis de telle sorte qu'ils ne damnent plus. » — tt Or, la femme de M. Antoine L. ayant été interrogée, elle répondit : Qu'elle était sainte en tant qu'ayant la foi, mais pécheresse en tant que créature humaine. Alors le docteur Martiu dit : Un chrétien est entièrement saint; car, si le diable emportait le pécheur, où serait le chrétien ?» (Ed.Walch. xxir, 848 et ss.)

* Éd. d'Iéna, 1578, vi, 199.

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