APPLIQUÉE A LA SANCTIFICATION
dicateurs papistes de ne jamais avoir parlé jusqu'alors au peuple de cette sienne sainteté.
Ainsi donc, suivant Luther, l'art d'arriver à la sainteté consiste à dire : «• Si je ne suis pas pieux moi-même, lui (Jésus- Christ) est pieux ; si je ne suis pas saint, lui est saint ; si je ne suis pas serviteur de Dieu, lui est serviteur de Dieu; si je ne suis pas exempt de crainte et de frayeur, lui, du moins, est libre de toute crainte, de toute inquiétude. Je veux donc m'élancer hors de moi en moi-même, me glorifiant d'être en Jésus-Christ et pieux par Jésus Christ *. » Mais, en vérité, « nous y sommes tellement englués (même ceux qui sont chrétiens] , qu'on cherche toujours quelque chose en soimême, et que nous voudrions bien faire un peu nous-mêmes et arriver à la sainteté. Personne n'a le courage d# s'attacher à la parole seule, et de se cacher dans la sainteté de Jésus- Christ 2. » 0,-.
Chacun donc n'est saint que d'une sainteté étrangère, extérieure, et ne peut ni ne doit en avoir une autre, ou s'efforcer d'en atteindre une autre ; car c'est là la vieille erreur que, quand on entend parler de sainteté, on ne regarde stupidement que de grandes et excellentes œuvres, et les saints qui sont au ciel, comme s'ils l'eussent gagné et mérité par eux-mêmes. Mais nous, nous disons que les vrais saints de Jésus'Christ doivent être de bien gros pécheurs, de ces saints qui n'ont pas vergogne de réciter le Pater et de dire : « Que ton nom soit sanctifié, etc., » confessant ainsi que le nom de Dieu n'est pas sanctifié en nous comme il le devrait, que son règne ne vient point, que sa volonté n'est point faite. Voilà pourquoi ils sont nommés saints, non*qu'ils soient sans péché ou sanctifiés par des œuvres, mais, précisément au contraire, parce que, par eux-mêmes et avec toutes leurs œuvres^ ils ne sont que pécheurs et damnés. Ils sont sanctifiés par la sainteté d'un autre, à savoir, de notre Seigneur Jésus-Christ, qui leur est donnée, et devient la leur par la foi, et qui est tellement puissante et efficace, qu'elle couvre et efface tous les péchés, toutes les impuretés demeurées dans la chair et le sang. Ainsi que je l'ai souvent dit, le
* Éd. Walch. XI, 8051. — « Éd. d'Iéna, vi, 199.