INTERPOLATIONS DE LUTHER
thériennes, ou ne les remarquerait pas. Luther s'explique sur ce point dans sa préface à l'Epître aux Romains.
« D'abord, il faut que nous possédions la langue, et que nous sachions ce que saint Paul entend par ces mots : Loi , péché , grâce, foi, justice, chair, esprit, etc. ; sinon, il ne sei't de rien de lire. — Sans cette intelligence des mots ( tels que Luther les avait expliqués ), lu ne comprendras jamais ni cette Epître de saint Paul, ni aucun livre de rBcrilure. Garde-toi donc de tous les docteurs, quels qu'ils soient, qui emploient ces mots dans un sens différent, quand ce seraient des Origène, des Ambroise, des Augustin, des Jérôme et autres semblables, ou môme de plus grands*. »
Ce fut d'après ce plan qu'il traita, dans sa traduction, les passages oii il est question de la loi et de la justice. Il tirait surtout un merveilleux parti des mots exclusifs et restrictifs que, seul et seulement 2, en les interpolant où il lui convenait. Ainsi dans l'Epître aux Romains, iv, 16, au lieu de ces mots : « La loi produit la colère, » il met : « La loi n'engendre que la colère. » De même , Rom. m , 20, il traduit : « La loi ne produit que la connaissance du péché*. » Le passage suivant, où Luther a résumé les traits fondamentaux de son système, fait comprendre de quelle importance ce mot « que » était pour sa doctrine.
« Les commandements n'ont été institués que pour y faire voir à l'homme son impuissance pour le bien, et pour qu'il apprenne à désespérer de lui-même ; aussi ont-ils nom Ancien Testament ; et c'est dans l'Ancien Testament qu'il les faut reléguer. Ainsi, ce commandement : « Tu n'auras point de mauvais désirs, » prouve que nous sommes tous ensemble des pécheurs; nul homme, qu'il fasse ce qu'il voudra, ne peut être exempt de mauvais désirs, et cela doit lui apprendre à désespérer de soi, à chercher secours ailleurs contre ces mauvais désirs, et à accompHr par un autre le commandement qu'il ne peut observer par
* Éd. Walcli. XIV, 109, 117. — Dans le latin il ajoutait encore : (0pp. lat. Witteub. V, 96.) Quicumque tandem sint scriptores, qui lias voces aliter usurpant, nihii le inoveal aucloritas hominuin, sed tanquani pestera fuge omnes.
2 Kn allemand /Vur, que, seulement, Ailein , seul, seule, seuleraenf.
{Note du Trad. )
î Dans ce passage (Rom. iir, 20) le mot que se Irouve dans toutes les éditions de la traduction de Luther, de 1522 à 1529. Dans celles qui lurenl publiées à partir de 1530, on le til disparaître.