TRADUCTION DE LA BIBLE
Luther traduisait toujours : justice qui compte devant Dieu^^ au lieu de « justice de Dieu. »
Cette interprétation cependant ne lui suffisait pas encore. Il était encore gêné par les paroles du >!^ 26 : « Afin qu'il soit juste, et qu'il justifie celui qui a la foi en Jésus. » Ce passage explique précisément en quoi consiste cette manifestation de la justice divine, ou de quelle manière elle a lieu, à savoir : de même que le soleil non-seulement a la chaleur en luimême, mais échauffe tout ce qui est sous son influence, de même Dieu non-seulement est juste en lui-même, mais il est aussi la source abondante de la justice humaine; ou bien, ainsi qu'il est juste lui-même, ainsi il justifie aussi les autres, leur donnant, par conséquent, une justice réelle et intérieure, analogue, comme qualité, à la nature de sa propre justice.
Cette parole de TApôtre était un écueil où se fût brisé tout le système de Luther, qui était basé précisément sur une opposition absolue entre la manière dont Dieu est juste, et la manière dont l'homme est juste (par la justification), à savoir, par l'imputation d'une justice étrangère et extérieure. Voilà pourquoi Luther interpola, dans sa traduction, le mot seuly faisant dire à l'Apôtre : « Afin que lui seul (Dieu) soit juste et justifie, etc. » Le lecteur devait déduire de ce passage que la justice de l'homme, justice extérieure et qui ne lui est qu'imputée, n'a aucune affinité avec la justice réeUe de Dieu.
Dans l'Épître aux Romains, ch. m, f, 23, l'Apôtre dit : « Tous ont péché, » parlant du passé, parce que celui qui déjà est justifié par la grâce, n'est plus actuellement un pécheur, mais qu'il l'était autrefois, l'état de péché, ou de l'homme qui qui est hors de la grâce divine, étant opposé ici à l'état de justice. Mais Luther, mettant le présent à la place du passé, traduisit : « Tous sont pécheurs, ^ afin de prêter ainsi à l'Apôtre sa doctrine sur la permanence du péché, qui resterait, selon lui, dans l'homme, mais serait couvert par la grâce justifiante.
La doctrine de Luther sur l'imputation ne pouvait non plus s'accommoder des passages de l'Écriture où des individus
1 Gerechtigkeit, iveUhe vor Gott gilt, Juslitia quae valc! aiUe Deura.