PAR LUTHER
isolés soiit représentés comme justes, et pour cette raison aimés de Dieu, et où il leur est attribué, non pas une justice imputée, mais une véritable justice intérieure et personnelle. Luther usa de divers procédés pour masquer ces passages dans sa traduction. Souvent il mit, au lieu du mot juste, le mot ])ieux, qu'il interprétait ensuite à sa guise. « Cet exem- » pie (du juste Abel) parle et prêche dans le monde entier et » fait connaître que tous nous ne devenons pieux que par la » seule foi; « plus loin il ajoute, en parlant de Gain : « Si tu V n'es point pieux, c'est-à-dire, si tu n'as la foi, tout ce qui * est en toi, tout ce que tu fais est péché i. «
Or, par la foi, Luther entendait cette confiance qui ne fait que s'imputer la justice opérée de Jésus-Christ. C'est ainsi qu'il traduisit, I Moïse, ch. vi, ^. 9 : « Noé fut un homme pieux et sans défauts, et mena une vie sainte en son temps, »» au lieu de « Noé fut un homme juste ^ et parfait parmi les générations de son temps, et marcha avec Dieu. » C'est ainsi encore qu'il traduisit par pieux le mot <^tx.atoî, dans ces passages desaintMarc, ch.vi,:^^. 20;saintLuc, ch.i, f. 6; ch.ii, y. 25; ch. XXIII, y. 50; saint Matthieu, ch. i, f. 19; Act. des Apôtres, ch. X, j. 22. Dans le livre de Job, ch. xxii, f. 3, le texte hébreu dit : « Penses-tu que le Tout-Puissant reçoive quelque plaisir, si tu es juste? » Mais Luther traduisit ainsi : « Penses-tu qu'il soit agréable à Dieu que tu te fasses si pieux? » Dans l'Apocalypse, ch. xxii, j. 11, il faudrait, pour traduire le sens du texte grec: « Que celui qui est juste soit justifié encore (^uaicôT.Tto sTi) ; mais Luther, qui ne connaissait qu'une justice extérieure, imputée à l'homme et devenant sa justice propre au moment de l'imputation, Luther qui ne voulait admettre aucun accroissement de cette justice, attendu que, étant la justice propre de Jésus-Christ, elle n'était susceptible ni de décroître ni de s'accroître, et ne pouvait être que subitement et complètement imputée à l'homme, Luther traduisit : « Que celui qui est pieux soit toujours pieux. »
Ayant enseigné que les rôles étaient échangés entre Jésus- Christ et le pécheur, Luther, pour mettre sa traduction à l'unisson de cette doctrine, mit dans fÉpître aux Romains,
• L. c. III, 158, 164.