J42 LUTHER : TRADUCTION DE LA BIRLE
ch. VIII, y. 3 : « II a condamné le péché dans la chair, par le péché, « c'est-à-dire au sens de Luther*, en devenant luimême pécheur, traduction contraire au sens grammaticalement littéral (tteoI aaapTta;) aussi bien qu'au sens général de l'ensemble. Luther, dans sa traduction du passage de l'Épître aux Romains, ch. viii, f. 3, 4, était guidé par un double intérêt dogmatique. D'abord il voulait se créer là un point d'appui pour cette doctrine de son invention, que Jésus-Christ était venu pour accomplir à notre place la loi morale, et que cet accomplissementxle la loi, nous n'aurions plus qu'à nous rimputer. Ensuite, il était pour lui d'un intérêt extrême de rendre possible, par sa traduction, une interprétation nouvelle du verset quatrième. Ce verset, en effet, contient le contraire de deux dogmes principaux du luthéranisme : il y est dit : l*' Que la justice de la loi peut réellement être accomplie par l'homme, tandis que tout le système protestant est précisément fondé sur l'impossibilité d'accomplir ainsi la justice exigée par la loi ; 2^ que le but de la mission de Jésus- Christ et de son œuvre de rédemption est précisément de rendre l'homme apte à cet accomplissement de la loi, ou de le sanctifier, ce qui met à néant la doctrine de la justice imputée et tout ce qui en est la conséquence. Luther se tira d'embarras en intercalant au troisième verset les mots de « (Dieu) tafaity » à l'aide desquels ce passage voudrait dire que Dieu se chargea d'accomplir lui-même ce que ne pouvait accomplir la loi, c'est-à-dire l'homme placé sous l'empire de la loi : ainsi, Jésus-Christ serait venu pour accomplir la loi de la manière la plus complète, et cet accomplissement nous étant imputé, devrait nous procurer la justification : ce serait ainsi que l'entendrait l'Apôtre, alors qu'il indique, comme objet de la mission de Jésus-Christ, que les exigences ou les prescriptions (^i)iaîtop.a) de la loi fussent accomplies en nous 2. De la sorte, il devenait possible, en conformité du système protestant, de substituer à l'accomplissement de la loi en nous y allégué par saint Paul, un accomplissement de la loi pour nous, et de mettre au service de la nouvelle doctrine, non, il est vrai, sans violenter le texte par une interprétation forcée, un des
* Ed. de Leipzig, xiv, 475, b.
2 Voy., par exemple, pour ce passage, Calovii Bibl. Uiuiir,
TRADUCTION DES ACTES, CH. XIII, f. 38, 39. 143
passages les plus significatifs de toute la Bible, un passage qui déclare que l'objet de la rédemption de Jésus-Christ est la sanctification de Thomme, aussi bien que son pardon, son rachat, non-seulement du châtiment encouru par le péché, mais aussi sa délivrance du péché lui-même.
Quant aux passages où la justice est attribuée à celui qui a la foi, Luther les arrangea dans sa traduction de telle manière que la foi parût être la condition unique et exclusive de la justification, et qu'ils fissent supposer au lecteur que tout le procédé de la justification de l'homme par Dieu ne consiste que dans le simple acte de l'imputation des mérites de Jésus-Christ par la foi. C'est ainsi quMl traduit, Rom., ch. x, /. 4 : • Car Jésus-Christ est la fin de la loi ; qui croit en lui est sauvé. » Au lieu que le texte porte : « Car Jésus-Christ est la fin de la loi, pour la justification de tous ceux qui croient en lui. »
Une des altérations les plus frappantes est celle que Luther se permit dans le passage des Actes des Apôtres, ch. XIII, >'. 38, 39, où il préféra même un véritable non-sens au sens fourni par l'accentuation simple et facile du texte grec. Il est vrai que ce passage est d'une importance décisive pour la question de savoir ce que saint Paul a voulu entendre par la loi et par les œuvres de la loi, qu'il exclut de la justification.
Luther partait de cette assertion, que l'Apôtre avait argumenté non-seulement contre l'autorité de la loi mosaïque, mais contre celle de la loi morale en général, qu'il avait voulu exclure de la justification et de la sanctification toutes les œuvres ordonnées en général par la loi, même les œuvres intérieures de foi et de charité, attendu que la loi commandait à l'homme des choses impossibles et ne pouvait (ni avec ni sans la grâce) être accomplie. Saint Paul, au contraire, affirme et prouve que personne ne peut arriver à la justification par la loi mosaïque, parce qu'elle n'offre aucune justification, et il enseigne, dans son discours aux Juifs (Apôt. xin), premièrement, que par Jésus-Christ il nous est offert une rémission de péchés, à savoir, une rémission spirituelle qui ne se trouve point dans la loi ; et, secondement, que cette rémission s'étend à tous les péchés, môme à ceux pour lesquels la