TRADUCTION DE LA BIBLE ACCOMMODÉE
loi de Moïse ne prescrivait pas môme une purification ou une expiation charnelle extérieure. Dans ce discours, comme dans les Épîtres aux Romains et aux Galates, saint Paul s'efforce de faire renoncer les Juifs à cette illusion qui leur fait chercher une justification dans la loi de Moïse. L'auteur de l'Épître aux Hébreux s'y sert aussi de ce même argument tiré de l'impuissance de la loi. Pour dissimuler ce qui le gêne, pour effacer la contradiction flagrante de ce passage avec la théorie de Luther touchant la loi de saint Paul, le réformateur a séparé et scindé de force ce qui, quant à la lettre comme quant à la pensée, ne forme qu'une seule phrase, et dénaturé le sens à l'aide de ce procédé, ainsi que d'une traduction incorrecte. Tandis que dans le texte grec il y a : « Sachez donc, hommes et frères, que par lui vous est annoncée la rémission des péchés, et que toutes les choses dont vous n'avez pu être justitîés dans la loi de Moïse, quiconque a la foi en est justifié par lui [Jésus- Christ)^ » Luther a mis dans sa traduction : « Sachez donc, chers frères, que par lui vous est annoncé le pardon des péchés, ej; de toutes les choses par lesquelles vous ne pouviez être justifiés dans la loi de Moïse. Quiconque croit en lui est juste. » Ici le verset trente-huitième ne présente pas même de sens, à moins qu'on ne supplée le mot délivrance; mais, en même temps, le traducteur a atteint son but, en ce que l'Apôtre semble ainsi annoncer l'affranchissement de tout ce qui, dans l'état de l'ancienne alliance, ne conduisait pas à la justification, partant, de la loi en général, selon l'idée favorite de Luther. Et enfin, cette assertion, que l'homme est justifié par la foi sans autre condition, se retrouve encore une fois, comme dans la traduction de l'Épître aux Romains, ch. x, y. 4, posée en manière d'axiome. Dans un autre passage, 1 Cor., ch. i, y. 30, Luther a traduit ces mots : « Christus Jésus, qui est devenu [i^^HH) notre sagesse devant Dieu et notre justice, » de la manière suivante : (( Qui, par Dieu, a été fait notre sagesse et notre justice. » Luther, et après lui les théologiens de son école, interprétèrent ces paroles, ainsi traduites, en ce sens que Dieu nous imputerait à justice les choses accomplies par Jésus-Christ. Or, celui qui lisait dans fÉcriture que Jésus-Christ est devenu noire sagesse et notre justice, comprenait aisément que
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Jésus-Christ est pour nous une source de véritable lumière et de justification, ou, en d'autres termes, qu'il est devenu notre sagesse et notre justice de la même manière qu'il est, selon ses expressions, notre résurrection et notre vie. Mais celui qui, instruit dans la doctrine de l'imputation, lisait, au lieu de cela, que Jésus-Christ est fait notre justice par Dieu, trouvait aussitôt confirmé dans ces paroles, que Jésus Christ, par une disposition spéciale de Dieu, par une condition également faite, a opéré une justice qui nous est seulement imputée comme si nous l'avions opérée nous-mêmes.
Dans l'Épît. aux Philipp., ch. m, y. 9, l'Apôtre parle de « la justice qui vient de Dieu et suit la foi » ou qui est obtenue par la foi. Luther traduit : « La justice, qui est imputée 'par Dieu à la foi, traduction que contredisent toutes les paroles précédentes et subséquentes de l'Apôtre. Car saint Paul dit bien que la foi est imputée à justice, parce que l'homme ne peut devenir véritablement et intérieurement juste que par la foi en Jésus- Christ et avec cette foi ; mais de là à dire que la justice (à savoir, d'après Luther, la justice du Christ) est imputée à la foi, il y a loin.
Jl était d'une grande importance pour le nouveau système de pouvoir produire des textes bibliques, où serait recommandée cette certitude, cette sécurité de l'esprit qui devait, en opposition avec « la sainteté et la justice des œuvres, » être le plus beau fruit de l'imputation par la foi. Voilà pourquoi Luther, traduisant ce passage si connu du Ps. li, y. 12, écrivit : « Crée en moi, ô Dieu, un cœur pur, et donne-moi un nouvel esprit sûr, » tandis que le texte hébreu porte : « Forme en moi un esprit de force! » Il s'est, du reste, expliqué luimême sur son intention : «* Par ces mots : Donne-moi un es- » prit sûr, il rejette toute fausse sainteté, toute justice des » œuvres, qui laisse le cœur dans l'impureté et ne peut ja- » mais produire un esprit sûr. Car un moine, dût-il, pendant » de longues années, s'appliquer avec tout le zèle possible à » observer sa règle, et eût-il fait tout ce qu'il lui est ordonné » de faire et d'observer, ne saurait néanmoins avoir cet es- • prit sûr*. » C'est dans le même intérêt qu'il traduit, Prov.
* Ed. Walch. y, 851.