LE CONCILE DE CONSTANCE
§ L — Le concile de Constance; mort de Jean Huss
Il fallait évidemment, pour rétablir l'unité dans l'Église, en revenir à la convocation d'un nouveau concile. Mais, lequel des trois papes menacés d'être déposés consentirait à le convoquer? Bien que la France eût pris précédemment l'initiative du concile de Pise (1409), les docteurs de Paris ne faisaient point difficulté de reconnaître que c'était à l'empereur dans les circonstances présentes qu'appartenait le droit de convocation. Sigismond, alors en Italie, parvintàs'entendre avec Jean XXIII, successeur d'Alexandre V, sorti du concile de Pise. Sollicité de toute part, Jean lança la bulle de convocation d'un concile œcuménique, sans fixer d'abord de lieu ni de date. Le passage de Sigismond en Italie le força à préciser. Il envoya deux légats au roi pour s'entendre avec lui sur le lieu où se tiendrait l'assemblée. Sigismond proposa Constance; les légats acceptèrent. Le pape approuva d'abord, puis, déjà repentant, chei^cha des prétextes pour se dégager; mais Sigismond lui ferma toute retraite en annonçant solennellement à l'Europe chrétienne que le concile s'ouvrirait à Constance le l*"" novembre 1414; et c'est ainsi que se réunit dans des circonstances aussi graves la plus importante assemblée chrétienne qu'on eût vue depuis longtemps.
Le choix de Constance était excellent. Très populeuse et très riche à cette époque. Constance était comme consacrée par la grande paix qui y avait été signée jadis par Barberousse entre l'Église et l'Empire; et sa situation la désignait tout naturellement pour ces grandes assises auxquelles étaient invités les représentants de toutes les nations chré-
36 L'EMPERRUR SIGISMOND (1410-1437)
tiennes. Ce fut au milieu d'une émotion profonde et d'un enthousiasme universel que la nouvelle s'en répandit dans toute la chrétienté !■ On oublia pour une heure les haines nationales et les rivalités d'ambition; ce fut comme un dernier élan de loi en l'universalité chrétienne, un suprême appel des nations qui, avant de briser des liens qui leur tenaient si profondément au cœur, suppliaient l'Église de se reprendre et de ne pas faillir h ses destinées. Le concile n'était pas encore ouvert officiellement que la foule était déjà grande dans la ville ; jamais peut-être on n'avait vu une réunion d'étrangers aussi nombreuse. Outre les patriarches de Conslantinople, de Grado et d'Antioche, vingtneuf cardinaux, trente-trois archevêques, cent cinquante évêques, plus de cent abbés et cinquante prieurs, étaien présents. Mais la majorité appartenait aux représentants du pouvoir nouveau qui, pendant l'intérim de la papauté, avait essayé de prendre en main la direction de l'Église: les Universités ; il n'y avait pas moins de trois cents maîtres et docteurs. Le pape Jean XXIll, qu'on s'étonnait de voir ainsi se mettre à la discrétion de l'Empire, arriva enfin. Quand sa voiture versa dans la neige, en descendant les pentes du Voralberg, et qu'il vit reluire au fond d'un précipice la nappe d'eau argentée du lac entre les montagnes de la Suisse et de la Forêt-Noire : « Voilà, dit-il, le piège oi!i l'on prend les renards. » Il fit cependant, le 26 octobre 1414., avec 600 chevaux son entrée dans Constance. Après lui, l'empereur Sigismond arriva, lejour de Noël, avec la reine et une magnifique et nombreuse escorte. Le 3 novembre, en compagnie de quelques gentilshommes bohèmes, vint à son tour Jean Huss que Sigismond avait invité à venir plaider sa cause devant le concile.
L'assemblée de Constance ne fut pas seulement une réu-