LE CONCILE DE CONSTANCE (UU
scandalisa ses contemporains assez peu scrupuleux pourtant par la facilité avec laquelle il oubliait ses promesses et renversait ses alliances. Indulgent par nonclialance, généreux par faiblesse, il était capable de colères cruelles. Il n'eut qu'une passion durnble et sincère : le plaisir, et les caprices oi!i l'emporta son goiit pour la volupté compromirent quelquefois son honneur et souvent ses intérêts. Jeté par le hasard au milieu des plus graves événements, non seulement en Allemagne mais dans la chrétienté, il ne sut ni les diriger ni même en comprendre la portée ; et si les gi'andes assemblées chrétiennes qu'il eut sous la main, avec les conciles du commencement du xv siècle, ne parvinrent point à remédier aux maux de la chrétienté, aux schismes; si ses royairmes, son empire, l'Allemagne, lui échappèrent, ce fut en partie sa faute.
Sa première lettre aux électeurs débordait de nobles sentiments : « Quoique nous nous trouvions trop faible en prudence, sagesse et force, écrivait-il ; quoique nous sachions que nous sommes impuissant à porter le poids du Saint Empire romain qui est à présent honteusement déchu et affaibli et que nous soyons convaincu que des forces surhumaines suffiraient seules à rétablir l'ordre..., nous avons accepté la couronne, non pour notre propre intérêt, mais pour l'honneur et la gloire du DieAi tout-puissant et pour le bien général'. » Sa tache, était grande: rétablir la paix dans l'Église et dans l'empire ; relever le pouvoir impérial en Allemagne. Ce n'était rien pour lui; il eût voulu encore faire rentrer dans l'empire l'Italie et les royaumes d'Arles et de Bourgogne; c'est au moins ce qu'il afficha tout d'abord en Italie oi!i il se trouvait à la mort de Robert, avant de paraître en Allemagne et d'aller prendre,
' Cité par Asclibach, Gcsch. K. Sigismund, 4 vol., Francfort, 1S38. Tome VII 3
à Aix-la-Cliapelle, la couronne qui était le signe de sa dignité. Il sembla que, dans une sorte de voyage triomphal, il voulût préparer son sacre, en ramenant à la soumission des provinces depuis longtemps indépendantes. Ce fut l'occasion de ses premières déceptions. Les princes allemands ne lui fournissaient aucun secours. Il sollicita des Suisses l'autorisation de lever chez eux deux mille mercenaires,, qu'il ne paya pas et qui l'abandonnèrent. Les princes italiens, que ces expéditions impériales irritaient fort, l'abreuvèrent d'amertumes et d'humiliations. Philippe- Marie de Milan brava impunément ses menaces; Gênes lui ferma ses portes ; à Asti, il faillit être fait prisonnier. Les marquis de Montferrat et de Saluées, les princes de Savoie et de Piémont consentirent à reconnaître sa supériorité, mais sans faire suivre cet acte d'aucun effet. Arrivé dans son royaume d'Allemagne, il ne fut pas plus heureux. AMayence, l'archevêque évita de se présenter à lui. Il avait convoqué une diète à Coblentz; il s'y morfondit quatre semaines, personne ne parut. Un moment, il songea à retourner en Hongrie sans se faire sacrer: c'eût été une renonciation à l'empire ; Frédéric de Hohenzollern 1& sauva peut-être du sort de Venceslas en le décidant à prendre la couronne royale à Aix (8 novembre 1414). Pure cérémonie !
Voilà pour l'empire. Sigismond se promit au moins de rétablir l'unité dans l'Église: c'était peut-être encore le moyen de restaurer l'empire. Mais cette tâche préalable était singulièrement difficile. Son frère Venceslas y avait échoué. Serait-il plus heureux? L'empire, sous lui, allait-il encore une fois, à la fin du moyen âge, atteindre à la hauteur du rôle à la fois européen et chrétien qu'il avait pris plusieurs siècles auparavant ?