LUTHER A LA DIÈTE DE WORMS
faire, il lui expédia un sauf-conduit de vingt et un jours, avec promesse de respecter sa personne. En même temps, une commission composée de princes ecclésiastiques et de docteurs, parmi lesquels Glapion, fut nommée pour mener les choses à bonne tin.
Grand fut l'émoi à Wittemberg et en Allemagne quand cette nouvelle arriva. Autour de Luther, ses amis, Carlosladt, Mélanchton, Jonas, Amerstorff, l'avaient à la foi désiré et craint. Maintenant, cédant davantage à l'effroi, ils mettaient devant les yeux de Luther la mort de Jean Huss brûlé vif, malgré la parole de l'empereur Sigismond. « Moïse était seul à la sortie d'Egypte, disait éloquemment le moine, qui était mis par là en vue de tous; Élie était seul, au temps du roi Achab; Ésaû était seul à .Jérusalem, Ézechiel, seul à Babylone. Dieua toujours clioisi pour prophètes des personnes basses et méprisées ; une fois même un berger, Amos. Je ne dis pas que je sois un prophète, mais je dis qu'ils doivent craindre parce que je suis seul et qu'ils sont plusieurs. » Luther n'était plus seul; ses livres, ses sermons, multipliés à l'envi par la typographie et répandus par milliers, lui faisaient partout des adhérents qui colportaient et répétaient à leur tour sa parole, qui dans les tavernes, qui dans les universités, qui jusque dans les chaires des Églises. H revenait à Luther presque autant de lettres de dévouement et d'adhésion qu'il sortait d'opuscules de ses presses ; sa correspondance devenait prodigieuse. Adhésions ferventes et actives! on brûlait la bulle du pape et les décrets pontificaux; pendant le carnaval on jouait, pour les huer, le pape et les cardinaux. Le peintre Lucas Cranach, sous le titre de la passion du Christ et de Vantichrist illustrait, pour parler aux yeux du populaire, les magnificences de Rome et les douleurs
du Calvaire. Une partie de l'Allemagne renvoyait déjà à Luther les échos de sa parole.
Luther partit de Witleniberg, le 2 avril, précédé du héraut impérial qui devait le faire respecter, etescorlé de quelques amis. Presque eh même temps, à Home, Léon X, pour exercer une pression, avait polennellementprononcé l'excommunication définitive contre lui; et l'empereur, pour faire ([uelqiie chose, avait publié un mandat afin qu'on eut à saisir partout ses livres et opuscules. Tout cela n'était pas très rassurant. Luther avait cependant sur lui le sauf-conduit impérial revêtu du sceau de six électeurs. « Quand il « s'élèverait, dit-il, entre Wittemberg et Worms, un incendie « qui monterait jusqu'au ciel, j'irais au travers me jeter « dans la gueule de Belsébuth, pour lui briser les dents. » Ne point comparaître eût été se condamner lui-même. De Wittemberg à Worms, Luther put, chemin faisant, juger de l'étatde l'Allemagne. Ici, la bulle du pape était affichée, proclamée, et Luther à son passage regardé avec colère ou avec efiroi; là, elle était lacérée, couverte de l'indignation des habitants, et Luther, reçu avec enthousiasme, comme un l'ude combattant de la bonne cause. Dans un couvent on lui présenta le portrait du dominicain d'Italie, Jérôme Savonarole; il le contempla sans effroi. A Erfurth, oii il avait étudié, professeurs, étudiants allèrent à sa rencontre et l'introduisirent au milieu d'eux dans la ville en répélantle chant célèbre dont Luther venait de composer les paroles cl la musique: « Une solide forteresse est notre Dieu, une bonne armure et une fine épée.
« Ein fester burg ist unser Golt. »
Le recteur de l'université, Crolus Hobianus, le roi des poètes, Eobanus Hessius, lui rendirent visite. Il y visita