‹ La réformeChapitre 99 sur 120 · LA DIÈTE DE WORMS · texte numérisé non relu

LA DIÈTE DE WORMS

mer, sous la médiation de Ilenii VIII, maisdans riiitenlion de le gagner, une conférence de plénipotentiaires à Calais, au sujet des attaques de la France, Charles pressa le pape Léon X de s'entendre avec lui, pourchasser les Français du Milanais, en lui pi'omeltant Parme et Plaisance pour prix de son alliance et de sa coopération. Rien ne pouvait être [)Ius dangereux pour Luther et pour la réforme commencée.

Charles-Quint ne pouvait cependant rien contre celte révolution sans l'assenliraerit de la diète. Dès qu'il exprima la pensée de procéder contre elle, une vive opposition s'éleva contre lui. Le légat Aléander prononça contre le docteur, en pleine diète, un violent réquisitoire qui produisit quelque etfet. Mais un prince, le duc Georges, qui n'était point suspect, c'était celui qui avait prêté son palais pour la dispute de Leipsick, y répliqua en laissant la personne du moine, et les opinions Ihéologiques en dehors, par de violentes réclamations contre l'oppression et les abus de la cour de Home en Allemagne. C'était répondre aux instincts, aux intérêts et tlatter les passions de tous. Les pi'inces se mirent en devoir de rédiger à nouveau contre Rome la protestation de&eetit griefs de la nation allemande, qui avaient déjà été faite à la diète d'Augsbourg. Rien de plus vif, de plus hardi n'avait encore été écrit même par les pamphlétaires contre la cour de Rome.

Le franciscain Glapion, qui était un politique, s'agita, dépensa beaucoup de démarches et d'éloquence, même auprès de Frédéric le Sage, pour obtenir que Luther distinguât entre ses attaques et abandonnât les principes théologiques de la Captivitéde Dabylone ponr retenir seulement ceux qu'il avait consignés dans son écrit adressé à la noblesse allemande et qui étaient tout civils et politiiiues. Le légat Aléander elïrayé, lui-môme, écrivit au cai-dinal Jules

de Médicis défaire quelque chose, de sacrifier les réserves, dispenses et autres abus, de crainte que la haine de Rome ne vînt en aide à la cause de Luther.

Charles-Quint était embarrassé ; le pape le pressait de montrer enfin que l'unité de l'Église lui était à cœur; l'Allemagne l'effrayait ; il consulta Frédéric le Sage dont Luther était le sujet. Tout dépendait de ce prince. Homme grave^ pieux, de mœurs pures, estimé de tous, il était mécontent qu'on eût procédé avec tant de promptitude contre un de ses sujets. Il avait à cœur son université de ^Vittemberg, et ne manquait point de goût pour les doctrines de Luther. Désireux de s'éclairer, il avait consulté Érasme. « S'ils en veulent tant à Luther, lui avait répondu le philosophe de Rotterdam, c'est parce qu'il a touché au trésor pontifical et au ventre des moines. «Il avait repoussé avec une certaine vivacité les avances du franciscain Glapion, et demandé pour Luther des juges éclairés et impartiaux qui prononçassent avec équité entre le moine et le pape. 11 répondit à l'empereur avec plus de respect, mais non moins de fermeté : « La « parole de Luther a fait maintenant trop de progrès parmi (c le commun peuple, pour que sa mort ne soit pas inutile « et même dangereuse. On ne peut le condamner sans l'en- « tendre. » — « Le moine donne ici beaucoup de tablature, écrit un habitant de Francfort, on voudrait le mettre en croix et je crains qu'il n'y échappe pas. Mais il faut prendre'garde qu'il ne ressuscite le troisième jour. » L'opinion populaire, eneffet, voilà ce dont il fallait tenir compte. Les princes euxmêmes firent peur à l'empereur des dispositions du commun peuple. Alors, en dépit du légat, Charles-Quint somma décidément « l'honorable, fidèle et pieux docteur Martin Luther « de venir répondre, par-devant la diète impériale, de quel- « ques opinions et doctrines à lui attribuées, » et, pour ce

Page 1