LUTHER A LA DIETE DE WORMS
On n avait pas celle fois atlendu tant de fermeté. L'oflicial consulta l'empereur, les minisires, quelques pr(Mals, et tenta de nouveau d'amener Luther à faire une distinction entre ses livres. C'est le but qu'auraient voulu atteindre quelques conseillers de l'empereur et princes de lempire. Si les attaques contre le dogme étaient entièrement condamnables aux yeux de la majorité de la diète, celles contre les prétentions, les exactions du pouvoir pontitical, étaient loin d'avoir pour eux le môme caractère. Luther ayant mis sa foi à couvert par une rétractation, on pouvait le prendre pour allié contre la théocratie romaine et la hiérarchie ecclésiastique. L'official fit donc observer à Luther que, parmi ses doctrines, celles qui attaquaient 'a foi tombaient seules sous l'accusation d'hérésie. 11 pouvait les abandonner sans sacrifier les autres qui ne touchaient qu'à la discipline ; le grand hérésiarque Arius lui-même, s'il avait su faire quelque concession, eût-il été rejeté hors de l'Église? Mais Luther était passé de l'Église intérieure à l'Église extérieure; ses opinions sur la discipline n'étaient que la conséquence de ses opinions sur la foi. Le moine n'était point un politique; son opposition dogmatique était justement son originalité dans le grand' mouvement de l'Allemagne et sa grande force dans celte révolution. Sacrifier la cliair de sa chair, c'était pour Luther se renier, s'affaiblir : « Tout se lient et s'enchaîne, dit-il, dans mes livres; c'est « une seule et même œuvre: je ne puis la diviser sans « l'anéantir; est-ce l'œuvre d'homme? Elle périra; l'œuvre « de Dieu? je n'y puis rien moi-même. » Et il se mit, emporté par un de ses élans qui lui étaient habituels, à discuter; il prêchait, tonnait, quand, sur un ordre de l'empereur, on l'arrêla. L'official reprit et l'engagea une dernière fois, au nom de Sa Majesté, qui savait comment agir vis-à-
vis d'un hérétique endurci, à renoncer à son opiniâtreté: « Je ne puis ni ne veux, dit-il, me rétracter; ma cons- « cience est prisonnière de la parole de Dieu; c'est mon « dernier mot; Dieu me soit en aide. » On avait invité Luther, tant que dura ce solennel dialogue, à traduire en latin pour l'empereur et les légats ce qu'il avait dit en allemand ; il le lit d'un ton ferme, délibéré, jusqu'à la tin, ce qui émerveilla fort Frédéric de Saxe son souverain et ses partisans ; quand il eut prononcé son dernier mot, il se retira au milieu des témoignages mêlés de l'élonnement, de la colère, de l'admiration et de la stupeur de l'assemblée.
On garda encore Luther quelques jours à Worms, pour tenter, par obsessions, caresses, menaces ou promesses, de le faire revenir sur sa détermination publique, et d'obtenir surtout de lui la distinction tant désirée par les politiques. L'archevêque de Trêves, le franciscain Glapion.des laïcs même, le margrave de Brandebourg, le conseiller impérial Peutinger allèrent le trouver chez lui. La curiosité en amena beaucoup. On lui proposa de soumettre sa doctrine à un concile. Après avoir comparu devant une diète, il le refusa. Mais Jean Huss n'y avait-il pas paru? Oui, dit-il, pour être injustement condamné. 11 couvrait maintenant de sa défense posthume celui dont il était le successeur. Le jugement de l'empereur, des princes, de la diète fut mis en avant. « Pas d'autre juge, répondit-il, que la parole de Dieu. » ïl demeura vainqueur de cette dernière lutte plus dangereuse que l'autre. Cependant on délibérait sur son sort. Le bruit se répandit qu'on allait le ccndamner, l'appréhender au corps. Il en fut en effet question. Quelques princes réclamèrent. 11 faut tenir, dirent-ils, la parole impériale. La diète impériale ne croyait pas avoir cette fois,