PLUS DE VŒUX MONASTIQUES S'-S
de l'aibre de vie. « Instruis-nous, délivre-nous, ô Chrisl, s'écrie-l-il, établis-nous par ta miséricorde dans la liberté qui nous appartient. Arrière donc ces vœux impies, inventions du diable ; renversons ces couvents, vraies geôles de Satan. Qu'importe que je porte ou que je dépose le capuchon. Est-ce le capuchon qui fait le moine? Je suis un moine et pourtant pas un moine. Non; je suis une nouvelle créature, non du Pape, mais de Jésus-Christ. Jésus seul et sans intermédiaire est mon évèque, mon abbé, mon prieur, mon seigneur, mon père et mon maître. Je n'en connais pas d'autres. » Et Luther écrit à Spalalin : « Je désirerais fort ([ue Mélanchton prêchTit aussi quelque part en public, dans sa ville, aux jours de fête, l'après-midi. Car si nous avons rompu avec toutes les lois humaines et secoué le joug, nous arrêterons-nous à ce que Mélanchton n'est point oint et rasé et à ce qu'il est marié ? Il est véritablement prêtre et il remplit les fonctions du prêtre, à moins que l'office du prêtre ne soit pas l'enseignement de la parole '. «
Ainsi tombe, par la protestation personnelle et l'argumentation de Luther, le sacrement de l'ordre, et s'abaisse le mur (jui séparait le clerc du laïc, dans deux exemples vivants, parlants, Luther et Mélanchton, qui s'associent par une étroite union du cœur et de l'esprit h la même œuvre. Luther est un laïc et Mélanchton un clerc : mais « il n'y a pas entre les chrétiens de différence d'institution mais de fonctions seulement. Il n'y a qu'un seul ordre qui soit saint et qui rende saint : c'est le christianisme ou la foi. <> Ainsi Luther était entraîné par sa situation et par sa théorie surla grâce. Son cœur agité lui dévoilait, tous les mérites de la grâce, et la grâce résolvait les doutes de son esprit, gué-
1 L. Epp. II, p. [Oo,dc volismoiiasticis.
rissail les plaies de son cœur ; elsa doctrine et sa personne surnageaient emportées parla marée montante d'affranchissement et de délivrance qui débordait de toute part.
Luther cependant avait à peine parlé et déjà un de ses disciples, un pasteur de Kemberg se mariait; et l'électeur le laissait en paix dans sa cure, malgré les réclamations de l'archevêque de Magdebourg. « J'admire, dit Luther, ce nouvel époux de Kemberg qui ne craint rien et se hâte au milieu du tumulte. » Pour lui, il ne se hfite pas ; dans sa fougue, il ne précipite pas même sa théorie vers ses conséquences pratiques. Après avoir déclaré que les prêtres peuvent se marier et que les mariés peuvent être prêtres, il hésite encore à se prononcer sur le célibat des moines et des religieuses, quand déjà ceux-ci commençaient à ébranler les grilles de leurs couvents. « Si l'ordre sacerdotal, dit-il encore (!'='■ août), institué de Dieu est libre, celui des moines qui ont choisi leur étal et se sont offerts à Dieu de plein gré ne l'est pas '.» Il n'annule encore que les vœux prématurés. Mais, voici que treize moines de l'ordre même des Augustins, à Wittemberg même, abandonnent leur couvent pour gagner leur vie à la sueur de leur front, l'un d'eux pour se marier peu après; et l'exemple devient contagieux. «Je veux délivrer les jeunes gens, dit alors Luther, le Il novembre, des flammes infernales du célibat; le mariage me semble un paradis, même avec la dernière pauvreté. » Il n'est pas encore cependant sans scrupules et blâme ces sorties tumultueusesdecouvent, ces bris de grilles, ces appétits de mariage des défroqués. « Ces bons Wurtembergeois, ditil, donneront-ils donc des femmes à tous les moines; ils ne m'en fourreront pas une à moi. » Luther est bien le père de
1 L.Epp. II, p. 34,