‹ La réformeChapitre 112 sur 120 · LUTHER ET LE DL^BLE 3S · texte numérisé non relu

LUTHER ET LE DL^BLE 3S

pratiqué, corrompu, trompé, gagné l'Église, les papes, les cardinaux et les docteurs, qui habite en eux et avec eux depuis que la parole de Dieu est prisonnière, le presse d'arguments, le bat et conclut : « Vous n'offrez que du pain et du vin comme les païens ; par un trafic infâme et injurieux à Dieu, vous vendez votre ouvrage aux chrétiens ; serviteurs que vous êtes, non de Dieu, non de Jésus-Christ, mais de votre ventre. » Et Luther est convaincu ; il cesse, dès ce jour, de dire la messe pour lui, et il prêche l'abolition d(! ces messes privées, dites par le prêtre seul, pour le salut des morts et des vivants. Il faut bien en croire le diable, le familier des papistes ! et voilà comme le réformateur a distingué le diable et Dieu, renversé les termes, mis Dieu de son côté, avec l'tiérésie, avec la grâce, etrejelé le diable dans le camp du pape et de l'Église, sa prisonnière. C'est un service que Satan théologien lui a rendu ; il lui en est reconnaissant,

Ayant rompu ainsi tous les liens qui l'attachaient à l'Église, ce moine avait besoin cependant de retomber sur un terrain solide ; il avait abattu fautorité romaine et il cherchait une autre autorité. C'est pourquoi, en même temps qu'il brisait et renversait, il se cramponnait des mômes mains au rocher de la Bible, à l'abri même de la parole de Dieu. Malgré les tentations de Satan, il n'était pas, on l'a dit longtempsà tort, l'homme du libre examen, de l'indépendante recherche. Le livre de Dieu, l'Écriture, l'Ancien et le Nouveau Testament, voilà la nouveauté qu'il apporte ou plutôt l'ancienne, la vénérable relique qu'il déterre, veut débarrasser de ses scories et restituer brillante au grand jour. A la tradition orale ou écrite qui s'était perpétuée dans l'Église, il oppose la parole même de Dieu, sa parole écrite ; à l'Église visible il veut substituer l'Église lisible, à son chef

faillible et peccable,son chef infaillible et immaculé, à une vérité changeante, humaine, une vérité immuable, divine, à une sorte de révélation permanente, par l'intermédiaire des pontifes inspirés de l'Esprit-Saint qui est dans l'Église, une révélation faite une fois pour toutes et laissée à tout jamais à l'humanité comme un inépuisable et saint viatique.

Est-ce un progrès? Encore une idée et un mot de notre temps, fort étranger aux préoccupations de Luther! L'œuvre même de Dieu, sa parole vivante et fixée, elle est entre les mains de l'homme. Tout est là pour lui. Est-ce qu'il y a quelque chose au-dessus. N'est-ce pas la loi des lois, le pouvoir des pouvoirs? Le monde en a été longtemps privé. Luther vient la lui rendre et la faire régner sur lui. C'est un révolté, un rebelle, hardi, glorieux, si l'on veut, ce n'est pas un apôtre de la liberté ; comment le serait-il, esclave de la grâce ! Ce n'est pas non plus un promoteur de progrès, puisqu'il ramène l'humanité en arrière pour la purifier et la retremper aux sources du christianisme. Ceux qui ont cru voir tant de contradictions en lui ne l'ont pas compris. L'humanité s'égarait, corrompue, dans des voies mauvaises. Luther prend la Bible qu'elle avait oubliée et la met devant pour l'arrêter et lui donner le temps de descendre dans sa conscience, de reprendre haleine, et le loisir de s'engager dans une voie meilleure.

Il n'avait été fait jusque-là de la Bible que des traductions grossières, fautives, en langue vulgaire, et elles étaient très peu répandues. La parole même de Dieu était presque oubliée, remplacée parcelle du prêtre. Luther lui rendra son autorité pour affaiblir l'autre. La parole de Dieu c'est la vraie communion. Elle ne doit manquer à personne. << Que ce seul livre, s'écrie Luther, soit dans toutes les langues, dans toutes les mains, sous tous les yeux, dans toutes les

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