‹ La réformeChapitre 113 sur 120 · LA THADUCTION DE LA BIBLE · texte numérisé non relu

LA THADUCTION DE LA BIBLE

oreilles, dans tous les cœurs. » Il donnera donc l'exemple ; il traduira la Bible pour les ignorants, poui- les pauvres, qui ne savent pas le latin et qui ont soif et faim de la parole divine, pour ses compatriotes surtout; car il a le sentiment national et il veut « travailler toujours pour ses bons Allemands •>. Mais quelle est cette parole de Dieu ; où la prendre sans risquer de se tromper, pour la donner pure. Luther ne croit pas avoir à chercher longtemps. Dieu ne peut l'avoir enviée à sa créature, lui qui s'est sacrifié et qui est mort pour elle. Ce n'est sans doute pas la vulgate, traduction latine qui lui est suspecte parce qu'elle a le patronage de Rome ; mais elle est dans le texte grec et dans le texte liébreux, à n'en pas douter. Luther achève donc d'apprendre le grec et se met à déchiffrer l'hébreu pour s'attaquer aux deux textes originaux. De savoir comment la Bible, l'Ancien Testament et le Nouveau ont été composés, rédigés, mis en ordre, dans quelles circonstances et par quelles mains; si ces textes grecs ou hébreux sont tous authentiques et de quel temps, si Moïse dans l'Ancien Testament a bien écrit le Pentaleuque, si, dans le nouveau, Mathieu a vu ce qu'il raconte, si ce sont bien Luc et Jean qui ont écrit leur évangile, et si tout ce qu'on attribue à saint Paul est bien de lui, Luther ne pose point ces (|iiestions indiscrètes, prématurées. 11 est bon de respirer pour remonter le coui-s des temps. Faudrait-il donc reculer encore. Luther arrête son doute, sa recherche devant la Bible ; il ne la franchit pas. Il faut l'admirer, la comprendre, lui obéir, l'interpréter, la commenter si l'on peut. Elle existe, on ne la discute pas.

La langue allemande, à l'époque de développement où «lie était arrivée, au xvi^ siècle, se prêtait admirablement à l'entreprise de Luther. Elle avait traversé l'âge de la poésie par deux étapes successives, celles des Minne-

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sœnger et des Meistersœiiger, où, jeune et naïve encore, elle avait pris, dans la bouche des chantres d'amour ou des compagnons chanteurs, avec l'élan et la grâce d'une société guerrière et polie, la force et la simplicité des bonnes mœurs bourgeoises; elle commençait même, dans ses différents dialectes, à se fixer, à se condenser, à se rassembler et à se fondre en une prose unique, forte et souple de jeunesse, de fraîcheur, de crudité, merveilleusement féconde, variée de tours, de tons et de mots, simple et abondante, comme la nature, à la fois rude et tendre, rapprochée de terre et cependant capable d'un essor à la porter aux nues; elle répondait parfaitement, comme la nation allemande elle-même, à la période de civilisation et de langage dans laquelle la plupart des livres de la Bible avaient été conçus, composés et écrits. Les dialectes qui se partageaient encore l'Allemagne, le franconien des dialogues satiriques de Hutten, l'allemanique des déclamations de Murner, et le bavarois des mystères et des comédies du cordonnier de Nuremberg, Hans Sachs, se faisaient des emprunts réciproques, se rapprochaient et formaient une langue commune, surtout par la fusion de la langue de la Haute et celle de la Basse Allemagne. Le dialecte de la Saxe, le plus doux de tous, qui couvrait d'ailleurs, comme la branche principale de la race, la plus grande partie du pays, en devenait l'élément principal. Etait-ce qu'il comptait, avec les Minnesenger Iburingiens, l'œuvre législative du miroir de Saxe, les chants des maîtres compagnons de la Misnie, et bien d'autres manifestations encore, les plus glorieux services dans les annales littéraires, ou que l'histoire politi(iue de ce pays rappelait, depuis les Arminius, les Witikind et lesOttons les souvenirs héi'oïques les plus nationaux, les plus allem-ands? Toujours est-il qu'il

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