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LE CONCILE DE BALE

effrayaient volontiers leurs rivaux de l'épouvantail d'une invasion germanique, ils n'étaient pas assez sots pour relever de leurs propres mains dans la péninsule la domination allemande.

Dès les premiers jours, en effet, les difficultés éclatèrent. Philippe-Marie entassa prétextes sur prétextes pour éviter une. entrevue personnelle avec Sigismond ; il l'avait entraîné dans une alliance contre les Vénitiens avec la Savoie et le Montferrat; il se confondit en promesses et s'en tint là. Le pape en voulait au roi de soutenir le concile et, vénitien de naissance, ne lui pardonnait pas son alliance avec Milan. Les négociations traînèrent des mois. Aux remontrances, du roi Eugène répliquait par des lettres presque insolentes dans lesquelles il lui reprochait d'empiéter sur ses droits et de se mêler de ce qui ne le regardait pas. Le roi lassait ses alliés par ses demandes et n'en obtenait que des fins de non-recevoir.U errait de ville en ville, à Pavie, à Sienne, à Plaisance, regardé d'un fort mauvais œil par les ijourgeois auxquels son séjour imposait de lourdes charges. Les Florentins lui barraient la route de Rome ; ses 2,000 soldats ne lui permettaient pas d'essayer de s'ouvrir un passage par la force. Il commençait à craindre d'être fait prisonnier dans quelque embuscade et la honte seule le retenait en Italie. Il l'avoua à Guillaume de Brunswick, le pria dans une lettre confidentielle de s'entremettre habilement et d'obtenir du concile un vœu qui lui servît de prétexte pour couvrir sa retraite; sa lettre fut interceptée et publiée.

La conduite des alliés de Sigismond l'avait du moins dégagé de toute obligation envers eux. Il se réconcilia avec Venise et Eugène IV consentit en retour à le couronner empereur. Le roi s'engagea à prêter entre ses mains le serment d'obédience et à lui rendre l'hommaiîe traditionnel':

il entrerait à Rome sans armée, reconnaîtrait le pape comme le véritable et l'unique chef de l'Eglise et lui accorderait son appui contre tous. 11 arriva, en effet, à Rome le 21 mai 1433 et fut couronné le 31.Windecke raconte qu'Eugène se borna à redresser avec le pied la couronne posée sur la tête du roi. En ces termes le récit du chroniqueur est fort invraisemblable et n'est sans doute que la reproduction d'une légende relative au couronnement d'Henri VI par Célestin 111. 11 traduit du moins assez exactement l'impression qu'éprouvèrent les contemporains.

L'empereur, lui, était fort satisfait. 11 avait oublié ses longs démêlés avec le pape et le raillait agréablement: « 11 y a trois choses, lui disait-il, à en croire yEnéas Sylvius, par lesquelles nous différons ; tu te lèves tard, moi, de bonne heure; tu bois de l'eau, moi, du vin; tu fuis les femmes, je les suis. Mais il y en a aussi trois pour lesquelles nous nous ressemblons .• tu distribues généreusement les biens de l'Eglise, je ne garde rien pour moi ; lu as de mauvaises mains, et moi, de mauvaises jambes; tu perds l'Eglise, el moi, l'Empire. » L'anecdote que nous a conservée Sylvius est d'une authenticité contestable, mais elle dépeint avec autant de vérité que de grâce la légèreté deSigismond elles traits caractéristiques de sa nature.

Ce titre d'empereur, si chèrement acheté, Sigismond voulut s'en montrer digne en réconciliant le pape et le concile et en décidant celui-ci à se contenter des concessions incomplètes qu'offrait Eugène IV. Les Pères l'accusèrent de trahison; et lorsque Eugène IV céda enfin, parce que les États pontificaux avaient été envahis par les condottierri milanais (déc. 1433), les deux adversaires lui gardèrent rancune, le pape, de n'avoir pas su le protéger, et le concile, d'avoir mis trop de tiédeur à le soutenir. La réconciliation

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