‹ La réformeChapitre 19 sur 120 · LE CONCILE DE BALE (U · texte numérisé non relu

LE CONCILE DE BALE (U

des deux adversaires n'était d'ailleurs ni sincère ni durable. Les Pères, fort belliqueux, étendaient leurs prétentions et comptaient pousser leur victoire jusqu'au bout, et le pape, qui n'avait cédé que sous la pression des circonstances, attendait l'heure de la revanche- Décidé à en finir, le concile avait déjà entamé les négociations avec les Bohèmes K II les avait invités à envoyer des ambassadeurs à Bàle en leur promettant qu'ils auraient toute liberté de préseater et de défendre leurs opinions; les seuls juges et arbitres seraient la loi divine, la parole du Christ, la doctrine des Apôtres et des premiers Pères. L'Eglise avouait sa défaite, renonçait à imposer sa volonté aux rebelles; pour la première fois, elle transigeait avec l'hérésie. Dans la vieille ville de Prague, Jean de Rokitzana et les Calixlins acceptèrent malgré Procope et les Taborites, mais exigèrent des garanties. Condamnant la doctrine du concile de Constance, celui de Bàle donna un sauf-conduit pour les hérétiques; et Bokitzana, Procope lui-même, le recteur de Prague et les docteurs, fortement escortés, partirent pour le concile.

L'ambassade hussite fit son entrée à Bàle' au milieu d'un grand concours de peuple (janvier 1433) : « Hommes, femmes et enfants, gens de tout âge et de toute condition, étaient sur les portes, aux fenêtres et même sur les toits. Procope surtout attirait les regards. » Le véritable chef de l'ambassade était Bokitzana, dont l'autorité croissait sans cesse. Pendant trois mois on discuta; des deux côtés on prononça des discours éloquents. Procope le Grand fit en-

1 Pour les négociations avec la Bohème et rhistoire du concile général, l'ouvrage le plus important est le grand recueil de Palacky, Monumenta co ciliorum. generalium seculi sv , Vienne (1837), 2 vol. in-folio. — Hefele, Conciliengesch., t. VII, 2° partie, Fribourg, 1874.

tendre des paroles aussi rudes que les coups qu'il portait aux Philistins. Jean de Rokitzana se montra plus conciliant et plus adroit. Le concile fit quelques ordonnances de réforme de détails et en promit d'autres. Mais les points de vue étaient trop différents; le seul résultat fut de marquer clairement les points du débat.

Le concile envoya à son tour des ambassadeurs en Bohême pour négocier directement avec les Etats. Les discussions reprirent à Prague, sans plus de résultat. Mais ce n'était là que la moindre partie de la tâche des légats. Ils étudiaient le terrain et se préparaient des partisans. Leur arrivée avait été un véritable triomphe ; la grande majorité de la nation désirait en effet vivement la paix. En dépit de leurs succès extraordinaires, les Tchèques s'épuisaient à résistera des attaques toujours renouvelées. Leurs victoires retentissantes étaient plus humiliantes pour leurs ennemis qu'utiles à leur propre cause. Non seulement, ils n'avaient pas retenu dans l'obéissance les provinces qui dépendaient du royaume, telles que la Silésie, la Lusace ou même la Moravie, dont les principaux points étaient occupés par Albert d'Autriche; maisilsn'étaient même pas maîtres de laBohême entière: Budvveis, Pilsen,Eger, quelques autres villes encore avaient bravé toutes leurs attaques, et les seigneurs catholiques, Ulrich de Rosenberg surtout, dont les vastes domaines comprenaient une grande partie des cercles méridionaux, leur opposaient une invincible résistance. L'unité morale de la nation n'avait pas été rétablie, son ancienne prospérité avait disparu. Comme il arrive dans toutes les crises qui se prolongent, une génération nouvelle était née qui, ayant grandi avec la révolution, souffrait des maux qu'elle entraînait et ne songeait plus aux abus qu'elle avait emportés. Les partisans de la réforme sentaient leurs con-

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