‹ La réformeChapitre 20 sur 120 · LE CONCILE DK BALE (U · texte numérisé non relu

LE CONCILE DK BALE (U

quêles précaires, tant qu'elles n'étaient pas confirmées par un traité. Les bourgeois, affranchis de la domination du patriciat allemand, les seigneurs, enrichis des dépouilles de la couronne et du clergé, se plaignaient du désordre permanent, de l'interruption des affaires, de l'arrogance du parti démocratique. Un minimum de concessions leur suffisait, et ils faisaient bon marché des subtilités dogmatiques. Sur un point seulement, ils étaient intraitables, la communion sous les deux espèces.

Le calice était, en effet, devenu un symbole national et comme le signe de la libération spirituelle et temporelle ; toute tentative pour l'arracher au peuple se fût heurtée à une insurrection universelle. Pendant deux siècles, toutes les fois qu'on essaya d'y porter la main, le pays fut en feu. Procope résista encore ; mais Fiokitzana se prononça en faveur de l'union. Un énergique seigneur, Meinhard de Neuhnus, se montra disposé à l'appuyer, les armes à la main ; et les délégués du concile de Bàle signèrent avec les représentants des Etats de la Bohême les fameux eompactats qui mirent enfin un terme à celte longue guerre. C'étaient les fameux quatre articles, avec quelques restrictions qui sauvaient l'honneur des principes de la foi catholique, de la suprématie romaine, et qui laissaient au clergé, comme administrateur sinon comme propriétaire, la jouissance des biens qu'il conservait.

Les Taborites accepteraient-ils une pareille capitulation? D'ailleurs, les bandes militaires, qui constituaient la principale force du parti, ne désiraient pas la paix. La guerre les enrichissait; et, par elle seule, leur domination politique se justifiait et se maintenait. Leurs rangs s'étaient grossis d'un grand nombre d'étrangers ; et l'armée nationale de Zisca tendait à se rapprocher de ces troupes d'aventure qui,

90 L'EMPEREUR SIGISMÛND (1414-1437)

SOUS le commandement de Mansfeld et de Wallestein, jouèrent un si grand rôle dans la guerre de Trente ans. Les souffrances et les vœux du peuple laissaient fort indifférents ces condottieri. La paix dépendait donc du triomphe des modérés sur les radicaux, des bourgeois et des seigneurs sur l'armée et sur Procope le Grand, qui, après avoir sauvé la révolution, l'exploitaient à leur profit. Meinhart de Neubaus réunit les principaux seigneurs dans une ligue à laquelle adhéra la vieille ville de Prague (Staré Miesto). Ils s'engagèrent à se soutenir les uns les autres et à travailler do toutes leurs forces à rétablir Tordre dans le pays ; ils sommèrent les bandes militaires de se disperser, et rassemblèrent une armée pour les y contraindre. La nouvelle ville de Prague (Nové-Miesto), où l'élément démocratique dominait, avait refusé d'entrer dans la ligue; elle fut occupée parles seigneurs auxquels les catholiques promirent leur appui. Les Taboriles marchèrent contre l'armée des nobles et les rencontrèrent près du village de Lipan, entre Bœhmisch-Brod etKauzin(30 mai 1434). Procope le Grand les commandait ; il avait avec lui 18,000 hommes contre 25,000, mais son artillerie était supérieure -, tontes les villes du royaume, sauf Prague, Pilsen et Miélnk avaient pris parti pour eux. Meinhart les attira hors de leurs retranchements par une feinte; Rosenberg les prit en flanc et les coupa de leurs voitures. Les Taborites vendirent chèrement leur vie. Le combat dura tout le jour et toute la nuit : ils laissèrent t6,000 morts sur le champ de bataille, et parmi eux Procope le Grand et ses meilleurs officiers. Les nobles ne faisaient pas de quartier ; ils avaient quelques centaines de prisonniers, on les enferma dans une grange et on les brûla.

La bataille de Lipan ne détruisit pas le parti Taborite,

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