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LE CONCILE DE BALE U

mais lui enleva la prépondérance qu'il avait conservée jusqu'alors. Avec les bandes militaires, la faction la plus hostile à une réconciliation avec l'Eglise avait disparu. Les négociations pour la paix politique avec Sigismond traînèrent pourtant; des difficultés imprévues surgissaient. On voulait que Sigismond rétablît l'Université de Prague et qu'il s'engageât cà ne jamais confier à un étranger Tadministration de la Bohême. On n'obtenait pas du concile la nomination de Rokilzana à l'archevêché de Prague. Gaspard Schlick, homme habile, qui gouvernait réellement, tandis que Sigismond se contentait de faire admirer la beauté de vieillard qu'il avait encore, parvint à tout terminer. Un délégué du concile, Philibert, leva l'excommunication de la Bohème et reçut le serment de Rokilzana, d'obéir pour les Hussites à l'Eglise de Rome dans les limites des compactais.

Le 5 juillet 1436, les compactais furent solennellement proclamés à Iglau et en Bohème. Après avoir été réconciliés avec l'Eglise, les Utraquistes promirent de reconnaître Sigismond pour roi et de lui prêter serment de fidélité. Enfin, le 23 août de la même année, Sigismond s'en^^agea à faire respecter les compactais, h souffrir à sa cour des prédicants hussites, accorda une amnistie pour les faits passés, promit de gouverner le pays par un comité nommé par la diète, rentra à Prague et y fut couronné.

Par une fatalité qui n'est malheureusement pas rare en histoire, cette terrible guerre qui avait semé tant de ruines et répandu tant de sang, ne laissait guère que des vaincus. Les Hussites n'avaient pas accompli la réforme générale de l'Eglise qu'ils avaient rêvée ; le royaume était partagé entre deux partis opposés, et les privilèges obscurs arrachés au concile étaient gros de complications et de luttes non-

velles entre ceux qui se contentaient des com/jrtcifa^s etceu\ qui regrettaient de n'avoir pas obtenu de plus sérieuses concessions. Mais la révolte n'en avait pas moins porté un coup terrible à la hiérarchie catholique; pour la première fois, l'Eglise avait dû reculer et composer avec l'hérésie.

Les conséquences politiques et sociales de la guerre étaient graves. Si Sigismond avait cru qu'il suffisait d'être couronné roi pour rentrer dans ses droits, son illusion était grande. En réalité, la royauté avait sombré dans la tourmente ; dépouillé de ses domaines propres, atteint indirectement par la conllscation des biens du clergé dont il disposait en grande partie, le souverain ne pouvait plus compter désormais sur l'appui des villes dont le séparaient des haines religeuses inexpiables. Il restait isolé et désarmé, en face d'une noblesse riche, arrogante, étroitetement unie et à qui les capitulations électorales, acceptées par Sigismond, livraient le gouvernement. La décadence de l'autorité royale en Bohême fut loin d'être favorable à la condition du peuple tchèque abandonné sans défense aux exactions féodales ; mais elle eut aussi un contre-coup très marqué dans l'histoire générale de l'Allemagne.

Étant donnée la répartition des territoires à cette époque, la couronne impériale ne pouvait guère aller qu'à un des princes qui gouvernaient les grands Etats du sud-est. Il n'était certes pas indifférent que ce roi gouvernât des sujets soumis ou dépendît de vassaux indociles. La politique des empereurs fut dès lors sans cesse entravée par les embarras qu'ils rencontraient à l'intérieur de leurs États, et leur puissance en Allemagne fut subordonnée au succès de leur gouvernement dans leurs possessions patrimoniales, et en particulier en Bohême. Ce ne fut pas la puissance impériale seule qui fut atteinte par la guerre des Hussites, mais

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