MORT DE SIGISMOND
l'Allemagne môme. Incomplète en matière religieuse, la victoire des Hussites était complète au point de vue national. Le royaume tchèque était un royaume slave, l'Université était une Université slave, le bohème remplaçait partout l'allemand ; Jean Huss n'était pas en vain mort martyr ; le changement avait été si radical et si profond que tous les efforts de la race germanique n'ont pas, depuis lors , réparé l'échec qu'elle avait subi , et la résistance des Slaves de Bohème à la germanisation est de nos jours encore un sujet d'inquiétude pour la politique allemande. Encore récemment les Tchèques de la Bohême, menacés de quelques empiétements par les serviteurs allemands trop zélés de la maison de Habsbourg, criaient : Vivent Jean Huss et les Hussites.
Le traité incomplet des compactais ne laissa pas mourir en paix Sigismond. H avait tout promis, parce qu'il comptait ne rien tenir. Il n'avait accepté ces conventions que malgré lui, nous dit Sylvius, parce qu'il voulait à tout prix rentrer dans son ancienne autorité et ramener le peuple à sa religion.
Les compactais ne furent pas observés; Rokitzana n'avait pas été nommé archevêque, on lui enleva sa cure et il fut forcé de fuir de Prague où sa vie était menacée. — Réaction au moins hâtive et maladroite. Les Hussites étaient trop convaincus encore et trop fiers de leurs victoires pour se laisser docilement réintégrer au bercail. Les diètes protestèrent, des complots se préparèrent. La mort du roi paraissait prochaine, mais on ne voulait à aucun prix pour souverain d'Albert d'Autriche, son gendre, intolérant et fanatique. Les projets d'alliance polonaise reprenaient faveur : un parti nombreux songeait à offrir la couronne à Vladislas IIL La femme de Sigismond, l'impudique et hau-
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taine Barbara, prêtait l'oreille aux suggestions des ennemis d'Albert, dans Tespoir de la couronne. Sigismond avait dessein de laisser ses deux couronnes de Hongrie et de Bohême à Albert d'Autriche qui lui avait rendu dans les dernières années de grands services et avait d'ailleurs épousé Elisabeth, son unique fille du premier lit. Mais Barbara n'avait pas de peine à faire craindre aux principaux seigneurs calixtins le zèle d'Albert pour la foi catholique. L'intrigue de celle-ci marchait quand Sigismond, malade de la goutte, sortit de son palais, porté sur un brancard, montrant à travers les rues de Prague sa belle chevelure blanche et les larmes que lui arrachaient ses douleurs, pour se rendre en Moravie afin d'embrasser une dernière fois sa fille chérie Elisabeth. Sa femme le suivait avec ses frères et nombre de seigneurs, espérant que c'était son dernier voyage, quand Sigismond à peine arrivé à Znaïm, montrant plus de vigueur qu'il n'en avait jamais eue, se fit arrêter, manda Albert et sa fille et, sur son lit de mort, leur fit prêter serment par tous les assistants, et leur laissa par testament ses trônes de Bohême et de Hongrie. Huit jours après, Barbara conduisait à sa dernière demeure l'époux dont elle avait voulu violer les dernières volontés (11 novembre 1437).
Sigismond avait recommandé qu'on l'embaumât dans ses habits impériaux et qu'on l'exposât ainsi pendant plusieurs jours afin qu'on vît bien que le seigneur et souverain du monde était mort. Il emportait avec lui une illusion que son règne avait dû détruire plus que tout autre. 11 y avait longtemps que les maîtres du Saint-Empire ne pouvaient plus se regarder comme les chefs même de la chrétienté. Le fondateur de la dynastie de Luxembourg, Charles IV, avait voulu leur assurer au moins l'Allemagne, en lui créant un