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MORT DE SIGISMOND

vaste patrimoine qui put servir de base et de centre à sa domination. Les vices de Venceslas, la négligence de Sigismond laissaient après lui la paix de la Bohême, de l'Allemagne et de la chrétienté également compromise.

Hors des frontières de la Bohème, la situation n'était pas moins mauvaise. En Allemagne, les décrets impériaux qu'on ne respectait pas quand il était présent, n'avaient pas été mieux écoutés quand ils étaient datés de Bude ou de Prague; les diètes étaient toujours aussi tumultueuses et aussi inutiles; les électeurs, aussi défiants; les pi'inces, aussi turbulents. En Hongrie, les Magnats s'agitaient, et la Transylvanie était ensanglantée par une insurrection des paysans, poussés à bout par les exactions des nobles et des prêtres.

De Baie, les nouvelles les plus fâcheuses arrivaient. Le concile avait poursuivi son œuvre avec une énergie un peu fébrile et exubérante. La majorité, formée parle petit clergé, n'attaquait pas avec moins d'audace les droits de la papauté que les abus etne dissimulait pas son intention de transformer radicalement la constitution de l'Église. Eugène IV, dès qu'il fut rentré à Rome et délivré de ses soucis les plus immédiats, se préoccupa de l'arrêter dans ses usurpations. L'abolition des annates, qui enlevait à la Curie une de ses ressources les plus abondantes et de ses prérogatives les mieux établies le poussa à bout. H dénonça aux souverains les empiétements du concile et protesta contre ses desseins révolutionnaires. La question de l'union de l'Église grecque lui otïrait l'occasion de reprendre la haute main dans lesaffairesde l'Église. Vivement pressés par les Turcs, les Byzantins avaient pensé qu'ils n'avaient d'autres moyens de triompher de l'indifférence de l'Europe que de renoncer au schisme et d'enlever ainsi aux monarques occidentaux les spécieux prétextes dont

ils couvraient leur tiédeur, ils avaient engagé avec l'Église romaine des négociations qui paraissaient sérieuses; et le concile et la Curie se disputaient l'honneur de terminer la déplorable querelle de l'Occident et de l'Orient. Le pape s'était laissé gagner de vitesse en Bohême; il fut plus heureux avec les Grecs, dont la finesse ne fut pas éblouie par les succès momentanés de l'assemblée de Bâle. Eugène demanda au concile de se transporter dans une ville d'Italie, comme le désiraient les Grecs, afin de faciliter les négociations avec Constanlinople. Les raisons qu'il alléguait cachaient mal sa pensée. Il voulait avoir l'assemblée sous la main ; elle lui échappait à Bâle ; en Italie, il saurait bien lui imposer sa volonté. La majorité ne s'y trompa pas; elle repoussa toutes les propositions du pape et décida que ses séances continueraient à Bâle, à Avignon ou dans une ville de Savoie. En même temps, elle vota ou rappela une série de résolutions qui proclamaient dans toute sa rigueur la doctrine de la supériorité des conciles sur les papes. Elle était disposée à aller jusqu'au bout. Eugène IV n'était ni moins obstiné ni moins convaincu de son droit; l'excitation des deux parts était telle qu'une rupture était inévitable, quand Sigismond mourut.

Une fois de plus, ilavait assisté impuissant, presque indifférent aux événements qu'il s'était ilatté de diriger ; son règne se terminait par un échec complet. Son nom a conservé pour la postérité quelque éclat et un certain prestige des grandes affaires auxquelles il a été mêlé plutôt qu'il ne les a conduites. Son histoire en réalité marque mieux encore que celle d'aucun de ses prédécesseurs la tin d'une époque. L'Église, atîaiblie par ses dissensions, incapable de triompher des abus qui la rongeaient, n'exerçait plus sur les peuples qu'un pouvoir contesté. Pendant vingt ans, une

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