TENTATIVE DE RÉFORME RELIGIEUSE
avait moins à cœur de réformer les abus dont souffrait l'Église que de s'emparer de l'autorité suprême. L'aventure dans laquelle il s'était fort légèrement jeté, en élisant un antipape avait effrayé la plupart de ses partisans; et le caractère de son candidat, Félix V, fort médiocre, n'était pas fait pour retenir les dévouements chancelants.
Eugène IV manquait souvent de mesure et de lact; il prenait ses désirs pour la réalité, et il confondait trop aisément la cause de l'Église et la sienne propre; mais sa piété était sincère, son dévouement ardent, son cœui- haut et son esprit droit. En écartant des théories qui aboutissaient fatalement au morcellement de l'union catholique, il était bien plus que le concile dans la tradition de l'Église romaine. Parmi ses adversaires, beaucoup le sentaient. Les défenseurs de l'assemblée de Bàle s'éclaircissaient, les plus illustres par leurs vertus ou leurs talents se repentaient, sollicitaient leur pardon : Capranica, Cesarini, Nicolas de Cues. Le nombre des États qui s'étaient prononcés pour Félix V était très restreint. L'acte d'union de l'Église grecque, signé à Florence le 5 juillet 1439, bien qu'il n'eût pas été ratifié par les peuples schismatiques, avait eu un grand retentissement. Déjà, une série d'actes ramenait sous l'autorité pontificale presque toutes les sectes dissidentes de l'Orient.- En face des progrès incessants des Turcs, fallait-il faire le jeu des ennemis du Christ? L'Allemagne elle-même hésistait; à quoi bon persister dans une opposition qui n'o'btiendrait de Rome aucune concession sérieuse? Frédéric III avait l'intelligence assez lucide pour comprendre le triomphe fatal de la Curie et il n'était pas de ceux qui sacrifient leur intérêt à une vaine obstination.
Il jugea que, pour mériter les bonnes grâces de la papauté, il n'en coûtait pas trop de proclamer le premier son triomphe.
Son chancelier Gaspard Schlick, avait déjà été gagné par Eugène IV. iEnéas Sylvius Piccolomini, le futur pape Pie II, eut riionneui' do mener à bien cette grande atl'aire. A Sienne, saisi dès sa jeunesse par la fièvre littéraire qui agitait alors toute l'Italie dans la première période de la Renaissance, devenu par hasard secrétaire du cardinal Capranica et jeté dans les rangs des adversaires de la papauté; au concile de Bâle, souple, fort aimé pour son éloquence, sa bonne grâce et son esprit, au courant du train du monde pai- les importantes missions qu'on lui confiait, sceptique par expérience et flairant la défaite prochaine du concile, il avait fort habilement relâché les liens qui l'attachaient à Félix V et, en 1442, était entré au servicede Frédéric II!. Il mérita son pardon d'EugènelV,endécidantle roi des Romains à sortir de l'expectative dans laquelle il s'était enfermé et à reconnaître le pape légitime (1446), même en sacrifiant l'Allemagne. On s'était entendu à demimot, l'empereur la livrait h l'exploitation romaine; c'était le prix dont il payait les avantages personnels qu'il exigeait. Fort de l'assentiment secret de l'empereur, Eugène IV" crut pouvoir entraîner à la suite les princes et l'Allemagne par un coup d'État. Il déposa de sa propre autorité les deux archevêques de Mayence et de Cologne qui tenaient pour la neutralité. C'était blesser le sentiment national. L'indignation fut vive en Allemagne. Les électeurs, tout prêts à transiger, tant que l'intérêt national était seul en cause, n'entendaient pas raillerie dès qu'fl s'agissait de leurs privilèges. Ils se réunirent à Francfort (mars 1446), déclarèrent qu'ils ne reconnaîtraient Eugène que s'il rétablissait les évoques et confirmait les principales résolutions du concile de Bâle, et ils envoyèrent à Rome une ambassade chargée de présenter au pape une sorte d'ultimatum. Gré-