Tome YII
NLii'emberg,les électeurs se réservaient de prendre en dehors de lui toutes les mesures qui leur sembleraient commandées par l'intérêt de la chrétienté; dans quelques conciliabules, on parlait même de le déposer eli'on avait prononcé le nom du successeur que l'on comptait lui donner. Cette violente diatribe fijt envoyée au pape.
Les propositions de Martin Mayr et la Pragmatique de Francfort furent très froidement accueillies à Rome. Les desseins des électeurs y étaient depuis fort longtemps percés à jour et leur loyauté, suspecte. yEnéas Sylvius pensait, assez justement, qu'il serait plus facile et moins onéreux de s'entendre avec Frédéric IIL Les chefs de l'opposition à la papauté n'avaient eu guère d'autre but que d'étendre leui* puissance au détriment de l'autorité impériale ; leurs projets, en augmentant l'anarchie, auraient de plus rendu encore plus diflicile cette croisade dont la Curie poursuivait très sérieusement le projet, et à laquelle Sylvius en particulier s'était attaché avec toute la fougue d'une âme dont les années n'avaient pas éteint l'ardeur. Il connaissait depuis trop longtemps Frédéric pour nourrir de grandes illusions sur son compte; mais, mieux valait malgré tout un chef, quel qu'il fût, qu'une oligarchie tracassière et besogneuse. Les papes avaient combattu les empereurs tant que ceux-ci leur avaient disputé la domination du monde chrétien : du moment qu'ils avaient abdiqué toute pensée de rivalité, ils devenaient des alliés précieux. Ce n'était pas enafTaiblissant leur autorité, mais en la relevant au contraire qu'on rendrait à l'Allemagne la cohésion et la tranquillité sans lesquelles son alliance était inutile. « L'empereur, disait Sylvius à Frédéric, ne possède plus qu'un pouvoir précaire et nominal, les princes ne lui obéissent que quand il leur plaît et ils y sont rarement disposés ; il n'a ni trésors
LA PRAGMATIQUE SANCTION DE FRANCFORT (145t)) 131
ni revenus. 11 résulte de là que TAllemagne est en prise à l'anarcliie et exposée à tous les maux. »
Seule une entente cordiale des deux cliefs légitimes du monde, le pape et l'empereur, pouvait porter remède aux maux présents. Le << Plan de restauration du Saint-Empire et de la paix dans les pays allemands », tel qu'on l'avait proposé k la dièle de Wienerisch-Nenstadt, en U5o, n'allait à rien moins qu'à remplacer la monarchie par une aristocratie princière où l'Empire ne serait plus qu'un mot. Les meneurs essayaient de pousser leur pointe : on parlait de nouveau d'élire un autre roi des Romains. Quelquesuns proposaient dès lors le gouverneur de Bohème, Podiébrad, qu'une rupture avec Piome n'effraierait pas. Un parti plus sérieux mettait en avant le roi de Bohême et de Hongrie, Ladislas. Mais la mort de Ladislas vint brusquement donnera l'empereur et à l'Allemagne d'autres préoccupations (novembre 1457).
Frédéric, du coup, en oublia les princes, leurs projets et leurs menaces. L'héritage était magnifique, fort convoité. La vaste monarchie, entrevue par Rodolphe de Habsbourg et réalisée par Albert II, Frédéric III réussirait-il à la maintenir? L'autorité de Ladislas dans ses divers États n'avait jamais été que nominale; ni les Bohémiens ni les Magyars n'étaient disposés à renoncer à leur indépendance nationale. Toutes les forces réunies de la maison d'Autriche n'auraient sans doute pas triomphé de la résistance des nationalités slave et hongroise : et voici que, au moment critique, les parents de Frédéric réclamaient leur part de l'Autriche. Pour les satisfaire, il dut céder à Albert, son frère, une partie de l'Autriche, et à son cousin Sigismond la moitié de la Styrie. Ce sacrifice ne l'empêcha pas de perdre la plus riche partie de la succession de Ladislas.
132 L'EMPEREUR FRÉDÉRIC III (14-40-1493) "j
IV. Podiébrad en Bohème. — Corvin en Hongrie. — Pie II. Échec d'une croisade
Depuis dix ans, le véritable souverain de la Bohême était George de Podiébrad. Sorti d'une assez pauvre famille noble, à force de courage, de modération et de prévoyance, ce chevalier avait su grouper autour de lui les débris dispersés du parti révolutionnaire, lui rendre la direction du pays, rétablir l'ordre et la paix, défendre contre toutes les embûches l'indépendance religieuse et politique de la nation. Hussite de tradition et d'alliance, mais sans fanatisme, ambitieux, mais toujours prêt à sacrifier ses intérêts à ceux dé sa patrie, capitaine heureux, diplomate avisé et administrateur remarquable, il avait tous les mérites pour être élu roi par la diète tchèque (1458). L'archevêque hussite, Rokilzana, le couronna ; le pape qui connaissait sa modération et espérait qu'il réconcilierait son peuple avec le Saint-Siège approuva son élection. La Moravie accepta son pouvoir sans résistance ; et la Silésie, où le sentiment germanique était plus ardent, abandonnée par les alliés sur lesquels elle avait le plus le droit de compter, en fut réduite à de stériles protestations.
Presque en même temps, à Bude (2 mars 1458), Mathias Corvin, âgé de quatorze ans, mais fils de l'illustre Jean de Hunyady, était élu roi de Hongrie, sous le coup de l'indignation provoquée par le meurtre de son frère aîné, victime de la perlidie de Ladislas. De son père, il tenait ses admirables vertus guerrières; cavalier accompli dans un pays où tout le monde est cavalier, indifférent aux intem-