ECHEC D'UNE CROISADE
Mayence, Thierry d'Ehrbach, un Thierry d'Isembourg, avait été élu il sa place contre Adolphe de Nassau, par des procédés qui n'étaient pas absolument canoniques. Pie II abusa des difficultés dans lesquelles le nouvel élu se débattait. Il réclama, pour conlirmer le vole du chapitre, une somme double de celle que payaient d'habitude les archevêques de Mayence; mais surtout, de concert avec l'empereur, il voulut (|ue Thierry d'Isembourg, devenu par son élection arclii-chancelierde l'empire, s'engageât à ne jamais convoquer une diète sans avoir prévenu la Curie et obtenu son approbation. L'intention était ti'op évidente de mettre la haute main sur les affaires allemandes. Grégoire de Heimbourg, l'éloquent adversaire de Pie II, devint le conseiller de Thierry d'Isembourg et lui fit reprendre tous les projets de réforme contre Rome et contre Frédéric, le voluptueux Sardanapale de Vienne ! Les adversaires de la papauté avaient cette fois le grand avantage d'avoir pour eux la tradition. Le parti impérial lui-même était choqué de l'attitude pontificale et se demandait si l'alliance de Frédéric III et de Pie II n'était pas un marché plus onéreux qu'honorable. Le résultat le plus clair de ces tentatives imprudentes fut d'arrêter tous les projets de croisade. A la diète de Vienne (1460) les princes protestèrent très vivement contre les empiétements et les exactions de la Curie et contre la faiblesse de l'empereur. On remit sui- le tapis la déposition de Fi'édéric III ; le candidat dont on préparait la candidature à l'empire était cette fois George de Podiébrad, le chef d'un peuple ennemi, le héros victorieux de cette révolution hussite qui avait porté de si rudes coups à l'Empire!
En réalité, au fond de la lutte entre les partisans et les adversaires du pape et de l'empereur, se trouyail la rivalité des HohenzoUern et des Wiltelsbach, qui avait si souvent
déjà abouti à de sanglantes explosions. Les Wittelsbach avaient inventé la candidature de Podiébrad parce que les Hohenzollern soutenaient Frédéric III; et si l'électeur de Brandebourg avait refusé obstinément de s'associer à la nomination d'un nouveau roi des Romains, c'était surtout parce qu'il redoutait la rancune d'un souverain qui aurait dû sa fortune à ses ennemis. La question des droits du Saint-Siège fut le prétexte que saisirent les deux familles pour mesurer leurs forces.
§ V. — Albert l'Achille et Frédéric le Victorieux. — Tentative de réforme politique
Le véritable chef de la famille des Hohenzollern, à ce moment, était non pas l'électeur de Brandebourg, Frédéric, bien qu'il eût hérité de l'ambition persévérante et de la pru , dente fermeté du fondateur de la dynastie, mais son frère, le margrave Albert, qui partageait avec un troisième frère, Jean, l'administration des territoires de Franconie. Les clercs berlinois, qui cependant lui préféraient son père, plus lettré, l'ont appelé l'Achille allemand, et Albert passait pour le plus robuste et le plus vaillant chevalier de l'Allemagne. Il montait le premier à l'assaut et, plus d'une fois, il enleva de sa main l'étendard ennemi; son corps était couvert de cicatrices, mais le courage moral chez lui égalait le courage physique. Ce n'était pas seulement un coureur de batailles, c'étaitaussi un politique à grands projets, comme le xv^ siècle en a beaucoup produit, qui voulait marquer sa place dans cette lutte pour la vie ou pour la fortune. Albert l'Achille, assez mince seigneur en somme, menaçait tous ses voi-