FAII5LESSE DE FRÉDÉRIC III
connaissait plus d'autres limites que la volonté même du pontife. Mais cette puissance que l'ie II n'avait désirée que pour marcher à la tète de l'Europe contre les Infidèles, à quel prix ne l'avait-il pas achetée? Moins que jamais l'empii'e était cupablo de lui fournir les forces dont il avait besoin. Quand Pie II, talonné par la mort, fixa enfin le départ de l'expédition et annonça qu'il se mettrait à sa léte, personne ne répondit à son appel. A son arrivée à Aucune, sa douleur fut cruelle de ne trouver au rendez-vous que quelques centaines de pauvres hères de tous les pays, presque sans armes et qu'avait séduits uniquement la perspective de vivre aux frais du trésor pontifical. Le désespoir, peut-être le remords, précipitèrent les jours du vieillard. Il mourait victime de sa chimère (1464).
La mort de Pie II laissa Frédéric III plus impuissant et plus indifférent. Après tout l'apathie était le fond de son caractère. Jadis déjà, quand sa femme, l'altière et impétueuse portugaise, essayait de piquer sou amour-propre, il secouait la tête : à quoi bon prévenir les décrets de la Providence? A ceux ([ui lui reprochaient son inaction, il répondait qu'après tout, « les choses dans l'Allemagne n'allaient pas plus mal que dans le reste du monde : quand ils auront brûlé leurs maisons et détruit leurs récoltes, les princes allemands viendront à moi pour que je les réconcilie. » Mais il n'avaitaucune hâte, et s'il consentait quelquefois à aider le destin, ce n'était guère que lorsque les intérêts de sa maison étaient directement engagés. En somme, s'il se renfermait dans la neutralité, c'est (|u'il savait que personne n'aurait tenu compte de ses volontés : un homme avait essayé de remonter le cours des temps ; l'expérience n'était pas encourageante. Il ne se flattait pas d'avoir plus d'esprit que Pie 11 et se vantait d'avoir une imagination plus pondérée.
Sous ce long et inutile règne, le moyen Age était bien fini ; l'unité chrétienne à jamais détruite. L'empire finissait aussi. Les peuples s'étaient séparés ; des monarchies nouvelles s'étaient constituées, sur des bases différentes, avec des organes appropriés aux temps. Le malheur de l'Allemagne était de ne pas avoir accompli assez vite cette transformation que terminaient à la même époque la France, l'Espagne et l'Angleterre. Frédéric se contentait, à la diète de Nuremberg, en 1466, de décréter une paix publique de cinq ans, et, l'année suivante, de prononcer des peines sévères contre tous ceux qui violeraient les décrets de Nuremberg, enfin d'abolir les articles de la Bulle d'or et ceux de la Réformation de 1442, qui reconnaissaient aux princes le droit de guerre privée. Les Turcs cependant avançaient, menaçaient les provinces orientales de l'Allemagne ; ils pénétraient jusqu'à Gran, ravagaient la Styrie, la Carniole et la Carinthie. La diète de Ratisbonne, sur les instances de Frédéric lui promit dix mille hommes, rétablit, comme h répo(}ue des courses hussites,le denier commun et le porta même au dixième du revenu; mais il ne fut jamais payé.
§ VI. — Pertes de l'Empire sur les froalières
Comment songer à combattre les Turcs ? les deux souverains qui devaient marcher à l'avant-garde de l'armée chrétienne, Malhias Corvin et George de Podiébrad, étaient engagés dans une guerre inexpiable dont la principale responsabilité remontait au Saint-Siège et qui tournait au détriment de l'Allemagne. On sait que la papauté n'avait
L'EMPIRE PERD SES FRONTIÈRES (1458) i-43
jamais accepté sans arrière-pensée les conditions que les Hussites avaient mises à leur soumission. Victorieux de l'opposition des Conciles, enivré de ses triomphes, Pie II avait compté sur Podiébrad pour amener peu à peu les Tchèques à Tobéissance. Mais Podiébrad n'avait pas voulu se séparer de son peuple. La rupture fut précipitée parla violence de Paul II, le fanatique et médiocre successeur de Pie II, qui accepta l'alliance de Mathias Corvin. La guerre commença. Toutes les forces de la Hongrie furent détournées vers le nord, tandis que les Turcs restaient libres de poursuivre leurs déprédations. Pour assurer à son pays une redoutable alliance, Podiébrad décida la diète de Prague à offrir la couronne après lui au fils du roi de Pologne, Vladislas, pauvre prince, victime chez lui d'une oligarchie turbulente et qui dut céder à Mathias au traité de Briinn (1478) les provinces annexes de la Bohême, la Moravie et la Silésie, dont le sacrifice assura au moins l'indépendance nationale et religieuse de la Bohème elle-même. Tel fut le résultat dernier de cette lutte. Commencée au nom de ralTranchissement religieux, elle avait pour dernier effet la suppression des liens ([ui avaient jadis rattaché à l'empire les royaumes de l'Europe orientale. Déjà quelques années auparavant, le traité de Thorn (1460) avait sanctionné la ruine de l'Ordre teutonique et le triomphe de la Pologne. Les chevaliers avaient cédé à Casimir IV la Prusse occidentale et Marienbourg ; ils conservaient la Prusse orientale, mais sous la suzeraineté polonaise. Le grand maître devait, dans les six mois qui suivraient son élection, aller prêter serment de fidélité au roi de Pologne; il était tenu de l'assister contre tous ses ennemis et ne pouvait négocier et conclure de traité ou d'alliance que de l'aveu du roi. Sur ces territoires ravagés par une guerre de près d'un siècle,
iU L'EMPEREUR FRÉDÉRIC III (U40-1493)
le nombre des villages était tombé de 15 ou 18,000 à 3,000, el les villes de Thorn, Elbing et Dantzig avaient pour longtemps perdu leur ancienne prospérité. « La nouvelle Allemagne » était arrachée à l'Empire, séparée pour plusieurs siècles de' la vie politique et intellectuelle de la Germanie. Longtemps refoulés par la colonisation militaire et agricole allemande, les Slaves remettaient la main sur les marches avancées que des chefs prévoyants et héroïques avaient fondées pour couvrir les approches de la Germanie. Et maintenant, l'élection d'un Polonais au trône de saint Venceslas, en scellant l'alliance des Tchèques de l'Elbe et des Lèckes de la Vislule, opposait une barrière invincible à tout retour de l'invasion allemande.
La réaction desSlaves s'arrêterait-elle là? L'Autriche, cette marche de l'est, que les Babenberg avaient jetée entre les Tchèques et les Magyars, n'était-elle pas en grand danger, en face du roi de Hongrie qui pouvait, au premier prétexte, étendre la main sur ses États et le chasser de sa capitale? L'Allemagne ne souffrait pas seulement sur sa frontière de l'est de l'impéritie ou de l'apathie de Frédéric IlL Tandis que, de ce côté, elle était rejetée dans ses limites du xi« siècle, sur sa frontière occidentale grandissait une maison féodale dont la rapide fortune menaçait autant l'empire que la royauté française.
Depuis le moment où Philippe le Hardi avait reçu de son père, Jean le Bon, l'investiture du duché de Bourgogne (1363) les succès de la dynastie bourguignonne avaient été aussi continus que prodigieux. Philippe le Hardi lui-même avait pris pied dans l'Empire quand, à la suite de son mariage, avec Marguerite de Flandre, il avait, en même temps que de la Flandre, hérité de l'Artois et des comtés de Nevers et de Réthelqui relevaient de la France, et du comté