LES MAISONS D'AUTRICHE ET DE BOURGOGNE
S entendre longtemps. Frédéric 111 de son côté se déliait de Charles*Vll. Si les provinces rhénanes devaient être abandonnées ou le royaume de Lotliaringie rétabli, mieux valait encore ({ue ce fut au pi'olit d'une famille rivale des Capétiens, qui sei-ait pendant longtemps condamnée à rechercher l'alliance germanique. Les Habsbourg et les Bourguignons avaient de plus une haine commune: celle des Suisses. L'indépendance helvétique s'était faite contre eux. En Suisse d'ailleurs la politi(iue française cherchait des alliés et trouvait des soldats. La république des cantons n'était guère moins gênante pour les ducs de Bourgogne, dont elle entravait les projets sur la Savoie et la Lorraine.
Dès 1445, Frédéric III avait recherché contre la Suisse et contre la France l'alliance de Philippe le Bon qui venait d'occuper le Luxembourg. La puissance burgondienne n'était dangereuse pour la maison d'Autriche et pour l'Empire que si elle s'alliait aux princes allemands. 11 était donc important pour Frédéric III de gagner la maison de Bourgogne. iEnéas Sylvius le conseillait à Frédéric III. Mais Philippe le Bon était exigeant. Il demandait que l'on érigeât pour lui en royaume l'Allemagne occidentale et que l'empereur lui transmît tous les droits qu'il exerçait sur ces l'égions. En échange, il off'rait à Frédéric et à son pupille, Ladislas, la main de deux infantes portugaises, nièces de sa femme. Frédéric eût volontiers laissé créer un royaume de Brabant; il refusa d'abandonner au duc les territoires de la rive gauche du Rhin qui ne relevaient pas encore de la Bourgogne; il était Auguste, disait-il, et son nom qui lui imposait le devoir d'agrandir l'Empire ne lui permettait pas de le laisser morceler. En 1462, vivement pressé en Autriche par son frère Albert et par les révoltés, inquiet des dispositions
de Podiébrad alors à l'apogée de sa puissance, Frédéric offrit à Philippe le Bon le titre de roi et le vicariat impérial dans les pays welches au-delà du P»hin, vicariatum imperii in terris gallicanis ultra Rhenum. Il demandait pour son fils la main de la petite-fille de Philippe, Marie. L'entente ne se fit pas encore; peut-être Philippe exigea-t-ilde nouvelles concessions : « Je veuille bien que chacun sache que si je l'eusse voulu, je fusse roi, » disait-il à un ambassadeur français.
Plus encore que Philippe, son successeur justifiait les défiances de Frédéric 111. Charles le Téméraire (1467-1477) affichait un injurieux dédain des droits impériaux. Il occupait l'évêché de Liège, profitait des querelles du duc Arnold et de son fils Adolphe pour s'emparer de la Gueldre et de Zûtphen (1473). En même temps, il cherchait à lier partie en Allemagne, faisait alliance avec l'archevêque de Trêves, avec Louis de Bavière (1465). Tous ceux qui étaient à l'affût d'une révolution affluaient à sa cour. Il était encore de temps en temps question de déposer Frédéric : on sollicitait Charles. S'il n'acceptait pas, du moins il écoutait volontiers. Louis XI, qui concluait une alliance avec les Suisses en 146i, lui créait cependant trop d'occupations pour qu'Use lançât à fond dans les affaires d'Allemagne. Il espérait plutôt effrayer Frédéric, le disposer à accueillir favorablement ses demandes. En 1468, au lendemain de l'entrevue de Péronne, un agent impérial à la cour de Bourgogne Sollicitait pour Maximilien, fils de Frédéric, la main de Marie. En 1469, un autre prince autrichien, Sigismond, duc du Tyrol, fils de Frédéric à la Poche-Vide, se liait avec Maximilien. Sans talents militaires, aimant du pouvoir surtout la représentation et le luxe, protecteur des littérateurs et des artistes en Tyrol, grand amateur du beau sexe, il laissa