‹ La réformeChapitre 40 sur 120 · FRÉDÉRIC IH ET CHARLES LE TÉMÉRAIRE U · texte numérisé non relu

FRÉDÉRIC IH ET CHARLES LE TÉMÉRAIRE U

quarante enfants naturels. Ce prince avait eu maille à partir avec le Saint-Siège et avec les Suisses qui, lidèles exécuteurs des sentences pontificales, lui avaient enlevé toutes ses possessions de Tliurgovie(li60). Désireux de se venger d'eux et incapable de leur résister, souvent à court d'argent, il engagea à Charles le Téméraire, en 1469, le comté de Ferrette, le Sundgau, le Brisgau, la Forêt-Noire autrichienne et les quatre villes forestières de Rheinfelden, Sœckingen, Laufenbourg et VValdshiUt. Le duc donna sans lésiner les 80,000 florins d'or que réclamait Sigismond, lui promit son appui contre les confédérés, et envoya déjà pour bailli dans le comté de Ferrette Pierre de Hagenbacb. Dans un voyage à la cour bourguignonne, Sigismond avait parcouru avec Charles une partie de ses États, et la richesse de ses provinces, la splendeur de la cour, l'éclat des fêles avaient vivement ému son imagination. 11 était autrichien ; l'avenir de sa maison l'intéressait, et il aimait particulièrement Maximilien. Quel coup de partie si l'on mettait la main sur ces merveilleuses possessions, quelle occasion de se venger des Suisses! l'idée lui vint de marier Marie de Bourgogne à Maximilien d'Autriche. Il fallait agir. On savait que George Podiébrad, quelques princes allemands (Brandebourg, Saxe) et deux archevêques du Rhin proposaient la couronne impériale à Charles par l'entremise d'un certain George de Slein. Charles oflfrit à Frédéric la main de sa fille pour son fils et son alliance, mais à condition d'être nommé roi des Romains avec réversibilité sur son gendre Maximilien. Sigismond, enchanté, apporta en toute hâte ces propositions à l'empereur. Celui-ci demeura froid : Charles serait un coadjuleur gênant, et l'empereur éprouvait quelque scrupule à susciter à son fils un tel compétiteur. Les prétendantsqu'allécbailla dot de Marieétaient

fort nombreux et son père n'en décourageait point. Frédéric renouvela ses anciennes olîres ; Charles refusa, joua le dédain, Frédéric n'insista pas Les cii'conslances ne lui étaient plus défavorables: la Bohême et la Hongrie étaient aux prises, l'opposition en Allemagne, divisée et incertaine-, pour le moment, il ne redoutait pas grand'chose. Il attendit.

Maître des bouches de la Meuse et du Rhin, touchant à l'archevêché de Cologne par la Gueldi-e, et à l'archevêché de Trêves par le Luxembourg, occupant le Sundgau, dont il espérait bien ne jamais sortir, Charles convoitait encore les évêchés de Strasbourg et de Metz. Dans presque toutes les provinces, il avait pour lui la noblesse. Que lui manquait-il? un titre légal. Avec les droits de vicaii'e impérial, son pouvoir s'étendrait sans obstacle jusqu'au Fihin. Son esprit s'enflammait à ces perspectives. Le duc Nicolas de Lorraine ne laisserait pas d'héritier direct. Charles réclamait sa succession. Le vieux roi de Provence, Uené d'Anjou, parlait de lui léguer ses provinces. Charles apercevait déjà en vision un empire qui, delà Méditerranée et des Alpes, s'étendrait jusqu'au Rhinet à la mer du Nord. H avait la meilleure armée de l'Europe, ses trésors étaient inépuisables. N'était-ce pas de l'Austrasie que Cliarlomagne avait tiré sa principale force? Ses rêves lui rendaient d'autant plus odieuse cette grande lacune qui séparait ses domaines en deux tronçons si malheureusement que,pourpasserdelaBourgogneen Flandre, il lui fallait solliciter l'autorisation d'un souverain étranger. Combien la connivence de Frédéric lui faciliterait la tâche! il était à la fois étonné et marri de la réserve qu'il rencontrait de ce côté.

Vers li73 cependant, les circonstances redevinrent propices à la Bourgogne. Menacé par Mathias Corvin et par

FRÉDÉRIC iri ET CHARLES LE TÉMÉRAIRE loi

les Turcs, Frédéric Ul, absent d'Allemagne depuis vingtsepl ans, étail venu solliciter en personne les secours de la diète de Ratisbonne (ti71); il n'y avait pas fait mauvaise figure, mais il n'avait obtenu que de vagues promesses des princes et peu d'argent des villes. 11 demanda un entrevue à Ctiarles qui accepta avec empressement. Ils avaient besoin l'un de l'autre : Frédéric, contre Vladislas roi, de Pologne et de Bohème ; Charles, pour recueillir la Lorraine après la mort de Nicolas de Calabre.

On avait choisi Metz pour lieu de réunion : la ville déclina un honneur qui n'était pas sans danger. Charles avait levé pour la circonstance une véritable armée. Les deux souverains, après beaucoup d'hésitations, se rencontrèrent à Trêves (le 29 septembre 1 173). La première impression des Allemands ne fut pas favorable. Charles le Téméraire avait commandé des étoffes, de la vaisselle, pour faire grande figure. Frédéric lll, malgré son avarice, s'était mis en frais ; il avait amené avec lui son fils Maximilien, dont la bonne grâce chevaleresque plut aussitôt à Marie, et un assez grand nombre de grands seigneurs allemands, l'archevêque de Mayence, l'évèque de Metz, les ducs Louis et Albert de Bavière, le nuirgrave Charles de Bade, le comte Eberhard de Wurtemberg, Albert de Brandebourg. Malgré tout, il faisait pauvre figure. L'ordre delà sobriété qu'il avait arboré n'avait pas le prestige delà Toison d'Or. Charles, à la tète de 6,000 cavaliers admirablement armés et équipés, dans sa magnifique armure sur laquelle flottait son manteau brod-é d'orettissudejoyauxdonlon estimait la valeur à 200,000 ducats, attirait tous les regards, mais excitait la crainte et la défiance. Les fêles, les banquets somptueux, les tournois qui, les jours suivants, coupèrent les négociations, aigrirent les rivalités. Les compagnons de Chai'les

raillaient volontiers la lourdeur et la grossièreté germaniques. Deux races opposées étaient en présence, d'instinct et de sentiment fort divers. Comme toujours, Charles le Téméraire avait manqué d'esprit. 11 avait cru éblouir et effrayer; il avait froissé et irrité ; et cependant la France et les Suisses resserraient leur alliance.

• Les négociations commencèrent le 2 octobre, sous ces auspices peu favorables. Elles se poursuivirent souvent directement entre les princes, qui se visitèrent secrètement le 8 et le 12 en présence de leurs conseillers les plus intimes. Frédéric offrit à Charles d'ériger ses États en royaume, ne s'opposant pas à ce qu'il prît possession de la Lorraine et des évêchés de Liège, Utrecht, Verdun et Tout; mais il demandait que le duc reconnût la suzeraineté de l'empire. Charles insista d'abord pour obtenir le titre de roi des Romains et il demanda encore les évêchés deTournai et de Cambrai. Le 20, on remarqua de la froideur entre les deux souverains. L'empereur demanda le temps de réfléchir. Les pi'inces allemands, le 26, proposent de partir; Frédéric ne s'y oppose pas. Charles menace de partir lui-môme. « On ne sait, dit quelqu'un, qui est l'empereur ou le sujet, le maître ou l'esclave.). Une nouvelle entrevue a lieu, le 30 octobre. On finit par s'entendre d'abord sur l'investiture de la Gueldre. Dans une magnifique fête, Charles, le 4 novembre, reçoit l'investiture de la Gueldre, sa dernière acquisition, et prête hommage pour tous les fiefs impériaux qu'il détenait. Les visites des souverains recommencent du 7 au 12 novembre, pour traiter de la royauté à conférer à Charles et du mariage. Maximilien fait une visite à Charles. L'empereur veut traiter sans l'assentiment des électeurs. Charles exige cet assentiment et cherche à gagner les princes. Déjà il fait tous les préparatifs de son couronnement. L'église du

Page 1