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FRÉDÉRIC III ET CHARLES LE TÉMÉRAIRE

cloître de Saint-Maximin se tendait de splendides tapisseries, les autels s'ornaient de vases précieux et d'admirables reliquaires. On élevait deux trônes; et la foule admirait le sceptre, la couronne et le manteau de sacre. On raconte que Charles s'était enî^agé à fournir à Frédéric III 10,000 cavaliers, pour combattre ses adversaires. Mais, à force de se voir, Bourguignons et Allemands se déplaisaient; des rixes éclataient dans Trêves, rien ne se terminait.

Charles le Téméraire voulait que le couronnement eût lieu avant les fiançailles; Frédéric prétendait le contraire et le duc commençait à sentir qu'il n'aurait pas les princes allemands pour lui. Frédéric recevait des émissaires du roi de France; Charles le Téméraire en fit tuer deux. Les princes allemands représentaient à Frédéric III le péril auquel il s'exposait. Depuis que leurs libertés étaient menacées, leurs scrupules nationaux se réveillaient; ils s'indignaient à la pensée d'abandonner à un étranger les plus ricbes et les plus anciennes provinces de l'Allemagne. Ces protestations n'eussent pas beaucoup frappé Frédéric III, si elles ne fussent venues que du côté de ses ennemis ordinaires ; mais elles étaient appuyées par ses plus anciens partisans, par Albert de Brandebourg et par le concile avec beaucoup d'énergie. Louis XI, de son côté, qui redoutait fort une entente, excitait certainement ses craintes. Le duc demandait délais sur délais ; il était trop évident qu'il ne voulait pas s'engager. Dès ce moment, le parti de l'empereur fut pris : il saisit la première occasion de rejeter sur d'autres la responsabilité de la rupture. Les électeurs étaient peu disposés à ratifier l'élévation de Charles au titre de roi. Frédéric ne s'efforça guère de vaincre leurs scrupules ; les archevêques de Mayence et de

Trêves, directement menacés par la puissance bourguignonne, refusèrent nettement; les autres donnèrent des réponses dilatoires. Frédéric déclara qu'il valait mieux ajourner toute résolution définitive et annonça son départ pour le 25. Charles voulait lui faire une dernière visite, quand il apprit que, le 23 novembre 1473, de grand matin, l'empereur était parti sur un bateau qui le conduisit à Cologne avec son fils ; imperator elanculum discessit.

Le duo de Bourgogne ne savait pas oublier les injures. Tous ses projets furent dès lors subordonnés au désir de faire repentir l'empereur du ridicule qu'il lui as'ait infligé. Les prétextes d'une intervention en Allemagne n'étaient jamais très difficiles à trouver. En ce moment même, le nouvel archevêque de Cologne, Robert, frère de l'électeur palatin, Frédéric le Victorieux, était en querelle avec son cliapitre et ses sujets ; le chapitre l'avait déposé et avait confié l'administration au landgrave Hermann de Hesse. Robert demanda des secours au duc de Bourgogne. Celui-ci se croyait tranquille du côté de la France, contre laquelle il venait de conclure un traité d'alliance avec Edouard IV d'Angleterre. Il accourut mettre le siège devant Neuss, où s'était réfugié Hermann pour rester maître de l'électoral. Mais Cologne, instruite par l'exemple de Dinan et de Liège du sort qui l'attendait, jeta toutes ses forces dans la lutte ; l'archevêque de Mayence et l'évèque de Munster envoyèrent à Hermann des hommes et de l'argent. Il fallut entreprendre un siège en règle. Les approches étaient fort difficiles. Les assiégés restèrent longtemps maîtres du cours du Rhin et reçurent par le fleuve des renforts et des vivres. Les yeux du monde étaient fixés sur cette bicoque et Charles s'entêtait à la prendre.

Cependant, de tous côtés, Louis XI lui suscitait des adver-

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