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MARIAGE DE MAXIMILIEN ET DE MARIE

d'alliance, à condition que le mariage de Maximilien et de Marie serait célébré au mois de novembre 1476.

Quelques mois plus tard, la puissance bourguignonne s'effondrait à Granson et à Morat (U76). Battu, Charles le Téméraire était mis entre l'amitié de l'empereur et l'hostilité de Louis XI. De Lausanne (6 mai 1476), il expédia à l'empereur l'engagement de fiancer sa fille à Maximilien. Sous le coup des événements, la Bourgogne et l'Autriche se rapprochaient. Ce que voulait alors le Téméraire, c'était reprendre la Lorraine sur René. Sous les murs de Nancy, il écrit, le 4 novembre, à sa fille qu'elle ait à se préparer ;i ses fiançailles; Le 26 novembre, Marie de Bourgogne écrit la lettre historique que l'on sait, en retour de l'anneau que Maximilien lui avait envoyé. Vainqueur, Charles espérait encore, après avoir marié sa fille, se faire nommer roi des Romains, quand il mourut le 6 janvier 1477 dans la bataille livrée à René.

Qui aurait la riche succession ouverte par la mort du Téméraire? Frédéric lll était empêché par une révolte des seigneurs autrichiens et par une guerre imminente avec la Lorraine. Louis XI confisquait les fiefs masculins de l'héritage, excitait sous main la révolte des Gantois et espérait pousser au désespoir Marie de Bourgogne et la forcer à se jeter dans ses bras. Dans l'empire, plusieurs princes, sourdement travaillés, encourageaient ses vues -. le partage de la Bourgogne tentait bien des convoitises. Heureusement pour Frédéric, Marie avait été élevée dans la haine de la France et elle eiJt regardé une entente avec Louis comme une trahison à la mémoire de son père. Depuis l'entrevue de Trêves, elle gardait son cœur au jeune et brillant fiancé dont la mine élégante et allière avait produit sur elle une vive impression. Les ambassadeurs

autrichiens lui apportant » un anneau rehaussé d'un diamant et la lettre écrite quelque temps auparavant, sous la dictée de son père et où elle promettait mariage au duc d'Autriche..., à cette vue, ladite demoiselle reconnut le diamant, avoua le contenu de la lettre, et dit que c'était chose promise et qu'elle ne pouvait aller contre. » Elle écrivit seulement à Maxirailien de se hâter, sans quoi elle serait obligée de consentir à des choses qu'elle ne ferait que si elle y était contrainte par son abandon ; et elle lui envoyadu linge et des écus de France, dont il avait grand besoin, car son père était bien le plus chiche homme qu'on pût trouver.

Maximilien arriva le 18 août à Gand. Le bourgmestre vint au-devant de lui avec des étendards aux plus belles devises. La duchesse lui fit dire aussitôt qu'elle était prête à le recevoir. 11 y était a onze heures du soir. Selon l'usage, il lui donna un baiser; et, comme la duchesse avait sur elle un billet qu'il ne pouvait trouver, l'évêque de Trêves lui dit d'ouvrir la robe de la jeune fille. Le contrat fut dressé immédiatement. Le lendemain, le mariage fut célébré avec grande pompe. « Vous avez maintenant, dit Marguerite à Maximilien, ce que vous avez désiré. >-

Ce mariage augmentait de dix-sept provinces des plus fertiles, des plus riches et des plus populeuses, le patrimoine de la maison d'Autriche. Frédéric avait bien mérité de sa famille, et indirectement au moins de l'Allemagne, à laquelle il conservait des pays qui, sans lui, eussent été probablement perdus pour toujours. Une ère nouvelle de l'histoire s'ouvrait. Les Habsbourg prenaient pied dans l'Europe centrale et dans l'Allemagne du Nord; l'Autriche devenait une puissance européenne. Sur les frontières occidentales de l'empire, un puissant État se formait, capable de disputer

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pied à pied le lerrain à la monarchie française. De nouveaux mariages devaient bientôt après ouvrir à Tambition des Habsbourg des perspectives plus vastes encore et, en leur ménageant la prise de possession delà Hongrie et de la Bohême d'un côté, de l'Espagne et de l'Amérique de l'autre, permettre aux successeurs de Frédéric 111, de reprendre, avec de plus sérieuses chances de succès, les projets de donîination universelle qui avaient toujours hanté les empereurs.

IMaximilien n'eût pas demandé mieux que de jouir "en paix de sa conquête : « J'ai une femme belle, pieuse et vertueuse, écrivait-il à un de ses contidents, si bien que j'ai tout lieu d'être content et de remercier Dieu. Elle est petite, beaucoup plus petite que Rosine', blanche comme neige, les cheveux noirs, un tout petit nez, une petite tête, une mignonne figure, malgré ses yeux un peu battus et sa bouche trop grande. » C'était la plus jolie fille qu'il eût vue de sa vie: « Si nous avions la paix, nous serions dans un jardin de roses. » Mais la France ne se résignait pas à l'éloignement de ces riches provinces. Le calme que Maximilien désirait, il lui fallut quinze ans de combat pour l'obtenir; et les années suivantes lui réservaient bien des tribulations. La victoire de Guinegate (U79), où l'infanterie allemande [les landsquenets qui commencent alors leur réputation], avait réparé la fuite précipitée de la cavalerie, n'eut aucun résultat. Les diètes allemandes, sollicitées par Frédéric III et iMaximilien de leur porter secours, répondaient que c'était là affaire d'Autriche et non d'Empire.

1 C'était celle que Marie de Rourgogne avait remplacée dans le cœur deMaximilien. — Correspondance de Maximilien et de Sigismond, éditée par Kraus.

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La mort subite de sa femme, qui périt des suites d'une chute de clieval (1482), laissa Maximilien encore plus embarrassé. Il avait d'elle une fille, Marie, qui épousa plus tard Louis de Bohême, et un fils du nom de Philippe destiné dans l'avenir à Jeanne d'Aragon. Le testament de Marie avait laissé à Maximilien la régence et la tutelle de ses enfants. Mais Maximilien était toujours un étranger dans ses nouveaux États; il ne comprenait qu'à peine la langue de ses sujets, et toute sa bonne grâce n'avait pas gagné leurs cœurs. Les villes, loin de lui fournir les secours dont il avait besoin, recommencèrent leurs intrigues avec Louis X[ et forcèrent Maximilien à signer avec celui-ci le traité d'Arras, par lequel il lui laissait la Bourgogne et la Picardie et promettait de donner en dot à sa fille Marie qui épouserait le dauphin, la Franche-Comté et l'Artois (1482). Après la mort de Louis XI, il essaya de profiter contre la France de la révolte des seigneurs, pendant la régence d'Anne de Beaujeu. Mais les choses tournèrent mal, les ennemis d'Anne furent malheureux dans La guerre folle ; les villes flamandes se plaignaient de la préférence que le régent montrait aux étrangers, de l'indiscipline de ses soldats, de la violation de leurs privilèges. Maximilien accourut à Bruges pour arrêter le mouvement insurrectionnel qui se préparait; il fut retenu en prison (février 1488), plusieurs de ses conseillers exécutés; lui-même courut grand danger d'être livré à la France. Une armée impériale de 20,000 hommes, conduite à son secours par Frédéric III, n'intimida guère les révoltés. Maximilien acheta sa liberté en promettant de renoncer chez ses sujets à toute autorité: il était fort disposé à tenir ses promesses.

Dans l'Empire, à la diète de 1489 qui avait pour la première fois délibéré par collèges, princes, villes, électeurs, Maximi-

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lien promettait une chambre de justice. Las des luttes quotidiennes où s'usait sa jeunesse, sans protit apparent, il alla porter secours en Auii-ictie à son père, chassé de sa capitale par Mathias Corvin. Mais les affaires de Bretagne le rappelèrent à l'ouest. Anne de Bretagne, vivement pressée parle roi Charles VllI, implorait son secours. Il flairait là une nouvelle aubaine, et, bien qu'il vînt à peine de conclure avec la France le traité de Montils-les-Tours, il demanda la main d'Anne et l'épousa par procuration (1490). Cette fois, il arriva trop tard ; les places bretonnes ouvrirent leurs portes à l'armée française, et Anne ellemême, après avoir tout d'abord demandé la permission d'aller rejoindre son époux, se résigna à sa défaite et épousa Charles VIII (décembre 1491). Le coup était cruel pour Maximilien : on lui enlevait sa femme et on lui renvoyait sa fille. Mais pour le moment, il était désarmé. L'Angleterre et l'Aragon venaient de conclure la paix avec Charles VIII; l'Allemagne dont il implorait l'intervention, prenait assez aisément son parti de la déconvenue de son roi. Maximilien fut fort heureux des concessions, auxquelles se décida Charles VIII qu'entraînaient vers l'Italie de plus séduisantes perspectives. Le traité de Sentis (23 mai 1193) lui rendit la Franche-Comté et l'Artois et lui assura la paisible possession des États de Charles le Téméraire, moins la Picardie et la Bourgogne.

La destinée continuait à favoriser Frédéric dans l'Empire, où, avec quelques conseillers habiles, il montra peut-être pendantses dernières années un peu plus d'activité que dans la première partie de son règne. En liS3, serré de fort près dans sa capitale par Corvin, Frédéric 111 l'avait quittée afin de ne pas s'exposer à tomber entre les mains des Magyars. Les Viennois, qui redoutaient fort la tyrannie

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