PUISSANCE DE L'AUTRICHE
(1492), la diète de Pesth confirma le traité de Presbourg.
L'année même où Max.imilien rentrait victorieux dans la capitale des États autrichiens, il réunissait à ses domaines cette province du Tyrol qui, depuis plusieurs générations, constituait une principauté particulière. Le vieux duc Sigismond, criblé de dettes, ne pouvait payer aux ducs Albert et George.de Bavière yn million de flarins d'or ; mais l'hypothèque était bonne et le gage séduisant. Maximilien et Frédéric n'étaient pas disposés à laisser leur héritage passer entre les mains d'étrangers; ils soutinrent les Étals du Tyrol auxquels déplaisait fort la perspective de la domination bavaroise. Sigismond céda assez facilement aux observations de ses sujets et de ses parents et permit aux Tyroliens de prêter serment de fidélité à l'empereur. Arrivé à Inspriik pour rétablir la paix, Maximilien gagna le cœur de Sigismond en augmentant la liste civile qu'il s'était réservée, et le vieux duc résigna le pouvoir entre ses mains (1490). Deux années après, le duc de Bavière, Henri, rendit même la ville de Ratisbonne dont il s'était emparé et renonça aux sommes qu'il avait avancées au duc de Tyrol.
La dynastie autrichienne avait ainsi repris la place prépondérante que lui méritait l'étendue de ses territoires. Les provinces, les terres héréditaires, comme on les a appelées depuis, formaient dans l'Empire la masse territoriale de beaucoup la plus considérable. Elles entouraient tout le midi de la Germanie en un vaste arc de cercle, depuis les confins de la Bohême et de la Hongrie jusqu'aux frontières de la Lorraine. Au sud-est, l'Autriche, la Styrie, la Garinthie, la Garniole et la marche Vendique, Goritz et Gradisca, ristrie et le Frioul autrichien constituaient un ensemble à peu près compact, ([ui se prolongeait fort loin au couchant par le Tyrol et le Voralberg. Au sud-ouest, la Suisse avait
échappé aux descendants de Rodolphe !«% mais leurs nombreuses possessions en Alsace et des deux côtés de la Forêt-Noire maintenaient leur influence dans les pays du Haut-Rhin et du Danube supérieur. De Vienne, ils surveillaient Prague et Pesth, où déjà quelques-uns d'entre eux avaient régné et oi^i des traités habilement conçus leur ménageaient des droits éventuels. L'Jiéritage du Téméraire leur avait livré une partie du Rhin inférieur et l'accès de l'Allemagne septentrionale. L'alliance pontificale qui, depuis Frédéric llï, resta dans les traditions de la dynastie lui permettait d'exercer une grande influence sur la distribution des innombrables bénéfices ecclésiastiques, et la noblesse immédiate, par souvenir, par intérêt et par haine des princes qui menaçaient son indépendance, se réunissait volontiers autour de ses chefs et leur fournissait des conseillers et des soldats.
La formation de la ligue de Souabe est, avec l'élection de Maximilien et la fondation de la puissance territoriale de la maison d'Autriche, un des grands faits du règne, et la part qu'y prit Frédéric 111 en personne, fut assez réelle.
La Souabe était une des provinces de l'Allemagne qui avait cessé le plus anciennement de former un duché et il s'y était développé une frondaison luxuriante de principautés et d'organismes politiques les plus divers : comtes, princes, villes libres, seigneurs immédiats, abbés, évêques, villes, loujoursen querelles; le désordre y était extrême et la guerre à peu près perpétuelle. Pour se défendre contre leurs voisins suspects, les princes de Bavière, seigneurs et villes oubliaient de temps en temps leurs ambitions privées, pour former des ligues particulières; mais celles-ci, souvent en luttes, contribuaient à augmenter l'anarchie. Un des conseillers de Maximilien et de Frédéric III, Hugo de
LA. LIGUE DE SOUABE i67
Werdenberg, capitaine de la ligne de Saint-Geori^es qui comprenait presque toute la noblesse, eut l'idée de réunir cps diverses associations particulières en une grande ligue. Dans l'assemblée d'Esslingen il réussit à jeter les bases d'une entente entre les chevaliers de Saint-Georges, les états et les villes Juillet \IS1) ; la ligue tut définitivement fondée au mois de lévrier U88. Elle comprenait Eberhardt de Wurtemberg, Sigismond d'Autriche, les prélats, les chevaliers de la région et vingt-deux cités. Elle constitua un conseil fédéral diviséen deux collèges, eut une armée et un trésor commun. Dès US9, elle était assez puissante pour qu'Albert de Bavière, menacé par elle, crût prudent d'éviter les liostilités. L'accès de la ligue était ouvert. Maximilieny adhéra comme successeur de Sigismond du Tyrol ; de même, l'archevêque de ;\Iayence, les Holienzollern de Franconie, Albert de Bavière lui-même. Conclue d'abord pour huit ans, elle fut ensuite prorogée, grâce à Frédéric 111 qui la favorisa en haine des \Vitlelsbach de Bavière.
La nouvelle ligue se distinguait des anciennes associations analogues par deux caractères importants. D'abord, son but exclusif n'était pas de protéger la paix publique ou de défendre les intérêts particuliers de ses membres, mais «lie les groupait en un véritable corps fédéral dont chacune des parlit>s ;ihiiiiiuai! au pi'otit de l'ensemble ((ueh[ues parcelles de son autonomie. De plus, tandis que les associations précédentes, conclues entre des personnes de nu'Mue classe, bourgeois ou seigneui's. représentaient des intérêts de castes et, loin d'augmenter la sécurité, organisaient en quelque sorte le contlit. la ligue de Souabe rattachait, pour la première fois, dans tui etTort commun les princes, les seigneui-s laïques et ecclésiastiques et les villes, (hivertc à tous, elle devait accpiérir un rapide
développement, grouper tous ceux que ne satisfaisait pas le désordre actuel et devenir un élément précieux de réorganisation.
C'est la seule innovation apportée par le règne de Frédéric III à la constitution allemande. Toutes les questions posées, l'organisation de la paix publique, le denier commun, la division en cercles, l'établissement d'une justice impartiale et indépendante-, restaient en suspens. Dans les diètes de 1487 et 1489, on fit quelque chose. On détermina la participation des villes aux diètes, d'une façon assez obscure, il est vrai, et on appliqua la règle de la délibération par collèges des princes, des villes et des électeurs. Il s'en fallait cependant que toutes les difficultés constitutionnelles fussent réglées; on ne savait pas si la diète avait le droit d'imposer ses résolutions à ceux des membres de l'Empire qui n'y venaient point. Une solution générale plus pratique ne pouvait être plus longtemps ajournée. Le moment était décisif : que seraient les nobles allemands? Des lords ou des souverains. L'Allemagne serait-elle une nation ou une confédération?
La formation et l'extension de la ligue de Souabe était le premier effort pour sortir de la période des tâtonnements et des aspirations platoniques, qui forment le caractère du règne de Frédéric III. Sans doute, dans cette dissolution de l'ancien Empire romain germanique, l'opinion publique persistait bien encore à réclamer un souverain hardi, dont la main vaillante chasserait tous ceux qui, au dehors ou au dedans, menaçaient l'Allemagne. Mais, ces vagues espérances avaient été si souvent déçues que les plus avisés cherchaient ailleurs que dans le souverain une garantie d'ordre et de sécurité. La royauté avait abdiqué ou elle était absorbée par ses soucis personnels: on essaya de se passer d'elle. Contemporain de