CHAPITRE XXXVIII
L'Erapereur Maximilien I" d'Autriche (1-493- 1519) '.— Malheureuses tentatives de réformes politiques et guerres extérieures.
Le fils et successeur de Frédéric III, déjà élu roi des Romains, Maximilien I«% était le chef le mieux fait pour plaire à TAUemagne, le prince le plus allemand qu'elle pût demander, avec une pointe d'ardeur qu'il tenait de sa mère qui était portugaise. Bien fait de sa personne et d'une santé robustfi, doué d'un esprit vif, original et quelque peu chimérique, affable, prodigue et crédule, lettré, curieux, parlant plusieurs langues, il était aussi excellent capitaine qu'habile chevalier en champs clos et agile chasseur de chamois sur la montagne; mais, médiocre général, politique aussi faible, ne voulant plus le soir ce qu'il avait décidé le matin, désireux de ce qu'il ne pouvait avoir et méprisant ce qu'il pouvait gagner, affectant le secret et l'indépendance, refusant de prendre l'avis de personne, et se faisant tromper par tout le monde, dit Machiavel, il concevait avec autant de facilité de vastes plans politiques de conquêtes étrangères ou d'améliorations intérieures.
' Hegewish D. K. Geschichle der Regierung Kaiser Maximilian's desErsten, 2 v., Hambourg und Kiel, 1783. Ullroanu, Geschicle Max. I".
qu'il écrivait ou dictait sur la morale, l'arcliiteclure, la chasse, le jardinage, la cuisine, ou sur sa vie même, des anecdotes ou des maximes, renfermées d'une façon concise dans une prose assez alerte et dans des rimes parfois heureuses. Il donna son organisation à la troupe nationale allemande des Landknechts (Lansquenets), perfectionna, pour la défense de Vienne, l'artillerie, tenta de donner à l'Allemagne une constitution politique. Les princes l'aimaient pour son aimable familiarité ; les chevaliers, pour sa bravoure personnelle ; le peuple, parce qu'il savait se mêler à ses plaisirs, l'arc, le mousquet ou quelquefois le verre en main; tout le monde, pour ses bons mots; l'affection des dames ne lui faisait pas défaut, témoin le jour où il se fit retenir prisonnier par celles de Nuremberg, pour danser avec elles plus longtemps. Restait à savoir si cet esprit si divers, ce tempérament primesautier, prêt à tout comprendre et à tout entreprendre, régnerait pour les plus grands avantages de l'Allemagne et si l'amour pourrait suppléer à tout.
La situation intérieure et extérieure était des plus délicates et demandait à la fois une main ferme et une sage raison. Le besoin d'une constitution unitaire qui sauvât les restes de l'autorité impériale, en limitant ses anciennes prétentions, et qui assurât la juste indépendance des Étals qui s'étaient formés dans le sein de l'Allemagne, sans rompre son unité, se faisait sentir plus vivement que jamais. Nicolas de Cues avait déjà alors donné la théorie de la réforme intérieure : à savoir une paix perpétuelle qui abolirait les guerres privées, une division de l'empire en cercles judiciaires et militaires, un tribunal d'empire, une diète annuelle, une armée permanente, c'était l'ensemble des idées partagées alors par les contemporains. On
m L'EMPEREUR MAXIMILIEN I" (149.M519)
y voyait le seul moyen d'assurer la tranquillité de l'empire au dedans et de faire respecter sa dignité au dehors.
Les Turcs qui avaient à plusieurs reprises envahi la Styrie, la Cariiithie, la Carniole, n'étaient plus les seuls ennemis qui menaçaient l'Allemagne; mais la Hongrie, la Bohême, étaient aussi prêtes à profiter de son irrémédiable anarchie pour s'en détacher. Maximilien, qui avait tant gagné avec la main de Marie de Bourgogne, sa première femme, n'avait pas seulement ressenti l'injure que lui avait faite le roi Charles VHl en lui renvoyant sa fille; il s'était cru bien plus blessé encore dans ses ambitions d'époux que dans son amour de père, par le mariage du jeune roi de France avec l'héritière de Bretagne dont il avait cru lenir encore la main et l'important douaire.
La grosse dot de Bianca Maria, fille du duc régent de Milan, Ludovic le More, qu'il n'aima jamais et dont il n'eut pas d'enfant, l'hommage futur de ce duché, ne l'avaient pas consolé. Sous Frédéric III, le roi de France, Louis XI, avait plusieurs fois menacé les frontière de l'empire et particulièrement Metz, ville dite impériale, mais toute fi'ançaise par sa population et sa langue ; et maintenant voici que, profitant des progrès et de la puissance acquise par son prédécesseur, Charles VIII menaçait l'Empire dans ses prétentions, d'ailleurs bien oubliées, au-delà des Alpes, en Italie. Les nouvelles, ari'ivées coup sur coup, de l'entrée de ce roi à Florence, à Rome, de sa conquête facile et bi'illante du royaume de Naples, vinrent au début de son règne exciter bien davantage les craintes et les jalousies de Maximilien. Quoi! ce n'était point assez d'avoii- ravi sa fiancée à l'empereur, le roi de France allait ravir peut-être à l'Empire son épouse, l'Italie! Ce fut sous l'impression de ces sentiments que Maximilien ouvrit sa première diète,