‹ La réformeChapitre 49 sur 120 · LA DIÈTE DE WORMS (U · texte numérisé non relu

LA DIÈTE DE WORMS (U

à Worms, en 1495. Il s'y montra plus préoccupé, comme il était naturel à sa jeunesse, de relever l'Allemagne au dehors que de la reconstituer et de l'unifier au dedans.

§ I". — La diète de Worms de 1495

Le jeune empereur, prenant la parole, s'attacha surtout à démontrer le danger dont les progrès de la puissance française menaçaient l'Allemagne. «Si vous laissez comraencar les Français, dit-il aux États, c'en est fait de l'Empire, de votre honneur, de vos dignités, de votre indépendance.» Il valait mieux, selon lui, combattre ce dangereux voisin chez lui que de l'attendre; et l'honneur de l'Empire ne permettait pas qu'on lui laissât prendre Milan, fief d'empire. 11 conjurait donc les États de prendre des mesures militaires importantes, qui le missent en état de faire la guerre pendant deux années, c'est-à-dire, l'institution d'une force armée permanente, d'une sorte d'organisation de guerre dont l'empereur et l'Empire manquaient depuis la décadence du système féodal, et des subsides à l'avenant. C'était beaucoup, mais il essaya d'entraîner la diète: « Des alliés, disait-il, il en avait: le duc de Milan, la République de Venise, le pape imploraient ses secours contre les Français: après avoir chassé ceux-ci d'Italie, il ne s'arrêterait pas là. Avec des secours suffisants, il se faisait fort de conjurer le péril dont les Turcs, depuis bientôt cinquante années, menaçaient l'Europe, et de replacer ainsi l'Empire, comme il convenait, à la tête de la chrétienté. » Maximilien avait cherché à réveiller les susceptibilités de l'orgueil national de l'Allemagne. Cependant les Etats

étaient encore plus préoccupés des besoins intérieurs de l'Empire que de sa dignité et de sa puissance extérieures ; et ils croyaient avec raison que le meilleur moyen de relever celle-ci était d'abord di; satisfaire les premiers; l'oligarchie des princes, qui s'était fortifiée sous Frédéric III, se souciait d'ailleurs plus de ses intérêts que de la dignité de l'Empire. Aussi les États réunis en diète, à l'instigation de l'archevêque de Mayence, George de Henneberg, prirent prétexte de la demande d'hommes et d'argent que fit Maximilien, pour lui proposer, comme sous Frédéric III, outre rétablissement d'une cour de justice souveraine, l'établissement d'un con.^eil impérial de gouvernement composé par les États, avec un président nommé par le roi, et investi par eux du droit d'organiser la force militaire, de lever l'impôt, de surveiller l'emploi de l'une et de l'autre, de faire retourner à l'empire ce qui eu avait été distrait et de tenir têle à ses ennemis.

Ce n'était rien moins que le partage du pouvoir impérial par les États. Maximilien, qui n'avait pas pu même entrer dans la diètii et « qui avait été tenu derrière la porte comme cela n'était jamais arrivé au bourgmestre de la plus petite commune», répondit par un contre-projet qui était le renversement complet de celui de la diète et rétablissait l'unité de l'empire par celui de la prérogative impériale; il admettait tout au plus un conseil de dix-sept membres qui n'aurait autorité qu'à son défaut. Les prétentions de Maximilien et celles des États ainsi en présence, on comprit qu'on ne pouvait arriver à quelque chose que par des mesures partielles ou des concessions réciproques, qui n'organiseraient peut-être rien de définitif, mais qui prépareraient les voies à l'avenir.

Pour pourvoir au plus pressé, une paix publique fut pro-

Page 1