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Tome VII

Mais les angoisses et les plaintes des âmes pieuses étaient une condamnation plus sévère pour l'Église que les railleries les plus acerbes. A côté de l'ironie, le mysticisme ! Le siècle du Reinecke Voss est aussi celui de V Imitation de Jésus-Chr'ist. Gomme le roman du Renard est la protestation ironique de la conscience contre l'oblitération de la foi, Ylmitation est le cri d'angoisse de l'humanité vers son idéal disparu. Nulle part, ce cri ne trouvait autant d'écbo qu'en Allemagne. Les grands mystiques du xiv^ siècle, Eckhartet ses disciples, Conrad de Mégenbourg, Jean Tauler surtout, le grand prédicateur de Strasbourg, avaient laissé une trace lumineuse et profonde ; pour la première fois la théologie, sortie de l'école, s'était adressée au peuple dans sa langue, avait débattu devant lui les plus hautes questions Depuis lors, il n'y avait presque pas de ville, surtout dans l'Allemagne rhénane, qui n'eût ses réunions de prières^ dans lesquelles les amis de Dieu cherchaient l'édification qu'ils ne trouvaient plus dans les cérémonies officielles; l'hérésie était proche. Ces croyants prosternés, ivres de foi et d'amour divin, étaient suspects au clergé ; lesLoUards, les Beghards et les Béguines étaient accusés d'avoir accepté quelques-unes des doctrines de Wiklif. Les doctrines des Cathares, des Vaudois, des frères du Libre Esprit faisaient de nombreux prosélytes dans l'Allemagne du sud et particulièrement en Autriche.

3 m. — Jean Huss

Tandis qu'en France l'opposition s'était tout naturellement groupée autour de l'Université de Paris, en Alterna-

LES UiNIVERSITÉS AU XV SIÈCLE 19

gne les résistances restaient individuelles et locales. Il n'y avait pas encore chez elle une grande et vieille Université qui pût prendre la direction du mouvement. Les élablissementsde Vienne (fondé en 1366), de Heidelberg (1386), de Cologne (1388), d'Erfurlh, dont on essayait de faire des Universités, en leur donnant les statuts de Paris (1392j, n'avaient encore qu'un renom purement provincial et rien n'annonçait leur gloire et leur puissance futures. Si ce centre eût alors existé, peut-èlre la rupture de l'Allemagne et de Rome eûtelle été avancée d'un siècle.

Une seule Université de l'Empire pouvait peut-être dans une certaine mesure être comparée à celle de Paris et d'Oxford, c'était celle de Prague *.

L'empereur Charles IV, de la dynastie de Luxembourg, un des plus savants et des plus habiles sinon des plus grands empereurs allemands, avait doté, au milieu du xiv« siècle, en 1347, sa capitale, Prague, <; ville florissante et saine », d'une Université. C'était pour l'Empire, pour toute l'Allemagne même et pour les pays slaves les plus voisins qu'il avait fait cette fondation ; car, à l'exemple de l'Université de Paris, qui fut longtemps la seule en France, il divisa les étudiants de son Université en quatre nations : tchèque, polonaise, bavaroise et saxonne. Il y avait peut-être quelque chose d'un peu ambitieux et hors de propos, de la part de Charles IV, qui avait fréquenté dans sa jeunesse les grandes Universités de Bologne et de Paris, à vouloir créer ainsi une sorte d'établissement universel qui devînt le

1 Sans vouloir citer tous les ouvrages écrils sur ce sujet en allemand ouen tchèque, après Tomek, Esch. der prager universilœl, je rappellerai seulement le livre d'un écrivain français, très versé dans ces matières, le Jean Huss de XI. Ernest Denis, professeur à la Faculté des lettres de Bordeaux.

centre d'instruction d'une grande étendue de pays et de plusieurs nations différentes.

Néanmoins, l'Université de Prague, fondée par Charles IV avait prospéré. A la fin du siècle elle comptait de 4,000 à 6,000 étudiants de toutes nations. Mais on n'avait pas tardé à y sentir les inconvénients d'une attraction et d'une agglomération trop grande d'étrangers. Le fondateur de l'Université ayant été obligé d'emprunter des maîtres français, allemands, italiens, les étudiants étrangers, les Allemands surtout, nation essentiellement émigrante et envahissante, avaient afflué et commençaient à submerger les Tchèques. Trop tard, ceux-ci, sous Charles [V, s'étaient-ils rappelés cet avertissement de la chronique tchèque de Dalimil : « Si un étranger vient à vous gouverner, votre nation ne durera pas longtemps ; un sage ne consulte pas les étrangers. L'étranger prendra des gens de sa langue et cherchera toujours votre mal ; il partagera aux siens votre héritage. Garde-toi bien de confier ta fortune à l'étranger, tête bohème. Là où il n'y a qu'une langue, là est la gloire. »

Charles IV, il est vrai, tout en faisant place aux étrangers, avait cherché à défendre les maîtres et les étudiants de Bohême contre la prédominance de l'élément allemand. II aimait les Tchèques et particulièrement leur langue qu'il s'efforçait de remettre en honneur. Dans la Bulle d'or, n'avait-il pas ordonné que « les fils et les filles des électeurs, qui devaient savoir l'allemand pour l'avoir appris dès l'enfance, apprissent à partir de sept ans les langues latine, italienne et tchèque, de façon à les posséder à l'âge de quatorze ans? » Mais il en était arrivé dans l'Université comme dans le reste de la Bohème, dont les habitants comparaient l'allemand « au coucou qui aime à pondre ses œufs dans les nids des autres ». Non seulement presque toute la ligne des

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