IMPUISSANCE AU DEDANS ET AU DEHORS ]'J
au moins un coup contre la France, il entre dans la ligue de Malines. faite par le pape avec l'Angleterre; et lui, le restaurateur de l'empire, il se met comme à la solde de l'Angleterre. A la tête des Lansquenets, il a l'honneur de voir fuir en Flandre à Guinegate, les gendarmes français (J513) et le plaisir de les traiter de lièvres éperonés ; mais, pendant ce temps, les Suisses, devenus les soldats du pape à la place des Français chassés, installent dans le duché de Milan, malgré le mauvais vouloir impérial, Maximilien Sforza, fils du dernier duc. Les poètes gibelins crient à la trahison contre ces alliés, contre ces puissances qui disposent de ce qui ne leur appartenait point, comptant sans César; ils insultent les Italiens.
« Mobilis Italia esi, nobilis ante fuit ! »
ils invectivent Jules 11, « ce singulier successeur du Christ, qui poussait la république chrétienne à déchirer ses entrailles de ses propres mains, qui jetait dans le Tibre les clefs de saint Pierre, armait le Gaulois contre le Germain, ribérien contre l'Italien ; inexcusable guerre allumée sous les yeux des Turcs ! »
Jules 11 meurt et Maximilien dégoûté d'un pouvoir qui ne lui avait valu que des m.écomptes, conçoit, assure-t-on sur un passage d'une lettre écrite par lui peu sérieusement d'ailleurs, à sa sœur Marguerite, l'étonnante idée d'échanger la couronne du Saint-Empire contre la tiare pontificale, à la mort de ce pape qui, à la tête des États de l'Église, avait obtenu bien plus de succès politiques et militaires que « son brillant rival. » Cependant, le successeur de Louis Xll, François l"--, inflige à l'empereur, en 1515, une plus grande perte en conquérant le Milanais par la
bataille de Marignan. Le nouveau pape, Léon X, passe encore, avec la fortune, de l'alliance de l'empereur à celle du roi de France. Le vieil empereur découragé, désabusé de tout, apprend que des lansquenets et des reîtres étaient à Marignan dans l'armée française. Les poètes désabusés eux-mêmes n'auront plus qu'à adresser des reproches à l'Italie, « épouse Infidèle de l'empire, toujours prête, à la voix d'un pontife, à refaire et à défaire leur antique union. » Ils ne sauront excuser Maximilien de son impuissance qu'en répétant que « depuis que l'Allemagne reconnaît plusieurs rois, l'empire déchu n'est plus qu'un vain mot ». Aux guerres d'Italie, la France, l'Espagne ont gagné jusqu'ici chacune leur part ; le vieux maître de l'Italie seul a perdu.
Le politique le plus fin et le plus profond de l'Italie à cette époque, patriote intéressé aux échecs de l'empire, Machiavel S en a parfaitement pénétré et décrit les causes. Non seulement il connaît à fond cet empereur pour lequel les Allemands ont quelque indulgence ; mais il connaît cette Allemagne oîi, dans chaque État, les princes, entourés de légistes que les petits détestent, brisent les coutumes et les droits particuliers, au grand désespoir des comtes, des chevaliers et des villes. Sans doute, la puissance de l'Allemagne, sa nombreuse population, ses forces, ses richesses le frappent autant qu'un autre ; mais il en est moins dupe que personne. 11 voit dans la richesse et la bonne constitution des villes libres et impériales le nerf de tout l'empire ; mais il sait que, contentes de la liberté dont elles jouissent et peu soucieuses de leur agrandisse-
^ Œuvres de Machiavel . Tableau de l'Allemagne. Instruction sur les affaires de l'Allemagne et sur l'empereur.
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ment, elles sont peu tentées d'aider même leur souverain à s'assurer ce qu'elles dédaignent pour elles-mêmes. Les divisions qui existent entre les États ecclésiastiques et les États laïcs, entre un prince et un autre, une ville et une autre, entre les princes et leurs sujets, et dans l'intérieur des villes, ne sont pas encore pour lui les obstacles les plus insurmontables à l'union de tout l'empire dont l'empereur avait si i,M'and besoin ; c'est l'opposition radicale des intérêts entre l'empereur, les princes et les villes. « S'il n'y a plus de prince, dit-il, qui puisse ou ose comme autrefois s'opposer tout soûl aux desseins de l'empereur, il n'en est pas qui ne puisse ou n'ose refuser de lui prêter appui dans le besoin; moyen plus aisé et plus efficace de le réduire à l'impuissance. Si l'empereur, protecteur, soutien naturel des villes impériales, abaisse par leur moyen les princes, ses plus puissants ennemis, il ne peut cependant compter sur elles pour les dompter; car elles savent très bien que Maximilien, s'il parvenait, comme Louis XI, à soumettre tous ses princes n'aurait plus ensuite qu'à leur enlever leur propre liberté. La puissance de l'empire est donc considérable mais l'empereur en peut difficilement tirer parti. La puissance de l'Allemagne est grande, elle n'est point formidable. »
Les plaintes douloureuses que Maximilien adresse à ses chers Allemands, comme il les appelle, aux princes qui conspirent avec l'étranger, avec la France, aux lansquenets qui vont la servir pour de l'argent, confirment les réfiexions politiques de l'écrivain italien; dans un adieu adressé aux troupes qui l'avaient suivi dans une de ses expéditions, il leur disait avec cette conviction de cœur qui explique bien l'atlfection que sa présence au moins inspirait: « Allemands courageux et forts, comment trouverais-je
le chemin de vos cœurs? Je ne m'adresse pas à vous en ma qualité de souverain; mon autorité est celle de Dieu. Si vous n'avez pas souci de moi, pensez à l'honneur de la nation, car vous êtes des lansquenets, non des Suisses ; m'en voulez-vous si fort parce que, pendant quelque temps, je n'ai pu m'acquitter envers vous. Moi, je n'ai épargné ni mes biens, ni mes fatigues, ni ma vie. Chers Allemands, loyaux lansquenets, vous n'êtes pas de ceux. qui ne combattent que par intérêt. Soyez hommes, je vous abandonnerai ma vaisselle d'argent, mes joyaux, mes meubles, de bon cœur. N'abandonnez pas votre maître! votre empereur! » Inutiles paroles, l'empire n'était plus!
Ce n'eût pas été un grand mal que l'empire n'eût pas atteint, par l'établissement du despotisme et l'anéantissement des libertés particulières, une unité, une puissance redoutables à ses voisins, si des institutions intérieures libres lui eussent assuré l'une et l'autre, sans péril pour personne. Mais l'Allemagne s'éloignait toujours du but qu'elle paraissait poursuivre. Pendantles malheureuses guerres de Maxiniilien au dehors, les deux diètes de Trêves et de Cologne (1512), firent quelque chose. Maximilien obtint, en principe au moins, le conseil aulique qu'il désirait, pour l'assister dans le gouvernement, convoquer les diètes et maintenir les États dans le devoir. La diète vota même, mais dans d'infimes proportions, le denier commun. Elle fit davantage en étendant et en utilisant l'institution des cercles déjà inaugurée sous le règne précédent. Ce fut un pas sérieux dans cette voie d'organisation monarchique-fédérative poursuivie alors comme l'idéal politique de l'Allemagne.
On conserva tels qu'ils avaient été constitués d'abord les trois cercles qui comprenaient la plus vieille et la plus centrale partie de la commune patrie, maintenant la moins