‹ La réformeChapitre 64 sur 120 · LIVRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE XVII

LA RE\AISSA\(!E AVAXT LA RÉFORME

« Un siècle se couche, un siècle se lève, dit Schiller. Une nouvelle vie fleurit sur des ruines. » Les ruines que laissait le siècle précédent étaient celles du Saint-Empire et du Saint-Siège. Ils existaient encore de nom; mais ils n'avaient plus de puissance. La chrétienté, TAllemagne surtout n'attendaient plus d'eux un remède à leurs maux. Depuis un siècle, une série de papes, plus princes temporels que pasteurs universels, et trois empereurs d'une dynastie nouvelle, Albert II, Frédéric III, Maximilien, avaient laissé l'Allemagne à l'anarchie morale et religieuse. 11 fallait qu'un esprit nouveau soufflât sur ces ruines pour les ranimer.

On a souvent répété, en parlant d'une manière trop étroite de la réforme, que l'homme de la Renaissance, Érasme, en avait pondu les œufs et que Luther les avait couvés. C'était exprimer d'une manière pittoresque que la renaissance des lettres avait enfanté la Réforme de l'Église. Érasme effrayé des conséquences qui sortaient de ses principes a dit, non

ÉRASME AVANT LUTHEd 217

sans quelque raison que ses œufs avalent élé changés. 11 n'en est pas moins vrai ([ue ce qu'on a appelé la Réforme tira en partie ses forces de la Renaissance.

A dire le vrai, sans figure, Renaissance et Réforme sont les deux côtés d'une même évolution ; et si l'on risque de ne pas contenter tout le monde en disant que la Réforme pourrait aussi bien s'appeler, au commencement du moins, une Renaissance de la foi, personne ne contredira que ce qu'on désigne sous le [nom de Renaissance ne soit aussi une réforme des méthodes, des études, des lettres, des ai-ts, et que l'une et l'autre, associées aux événements politiques du temps, n'aient déterminé alors les changements les plus importants dans la constitution des gouvernements et de la société du xvi« siècle. Seulement le nom charmant de Renaissance convient plus à la floraison nouvelle des lettres et des Arts de la lin du xv et du commencement du xvi'^ siècles, comme le nom, plus austère et plus morose, de Réforme, qualifie mieux les âpres disputes sur les arguties du dogme ou sur les règlements de la discipline et les cérémonies du culte. Pour le mot redoutable de Révolution, il caractérisera toujours surtout les effets de ces interventions politiques, parties d'en haut ou d'en bas, qui tranchent violemment pour un temps, plus qu'elles ne résolvent, les difticultés que se posent l'esprit et la conscience des hommes ou qui naissent des tragiques contlits de leurs passions et de leurs intérêts. C'est pourquoi, après avoir fait connaître l'état politique de l'Allemagne sous ses enipereurs|duxv« siècle et avant de passer à l'histoire de l'évolution religieuse de Luther, il faut voir ce que fut en Allemagne la Renaissance des lettres. La Réforme tentée prématurément par .lean Huss, dans un coin de l'empire, n'avait point réussi dans l'Allemagne à peu près dépourvue alors d'universités, parce

qu'elle n'y élait point préparée. La Renaissance de» lettres enfante les universités en Allemagne, au w" siècle, et la Réforme en sort au seizième.

Les universités allemandes. — Les imprimeries. — Les Scolastiques et les Humanistes. — La littérature populaire : la nef des fous et les farces du Carnaval. — L'art nouveau : Pierre Vischer et Albert Durer.

11 faut remarquer, à l'origine, cette différence bien grande entre la Renaissance italienne et la Renaissance allemande, que la première est née dans l'atmosphère des cours, à Rome sous les papes, à Florence, sous les Médicis. La Renaissance allemande est née dans les universités. C'est ce qui fait surtout la différence de leur caractère.

On se représente ordinairement l'Allemagne, avant la Réforme et le xvi'= siècle, comme une nation encore barbare, complètement illettrée. Rien de moins conforme à la vérité. Près de deux siècles avant que, dans la marche de Brandebourg où, dit alors un contemporain, « on ne songeait qu'à manger, à boire et à paresser, » la ville de Berlin vit commencer son université aujourd'hui si florissante et si fière, la vieille Allemagne commençait à compter, dans ses différentes principautés et dans quelques-unes de ses villes l'es plus prospères et même les plus humbles, grâce à des fondations récentes, jusqu'à seize universités, pourvues de maîtres très divers et fréquentées par une nombreuse population d'étudiants. *

Aux universités de Prague, de Vienne, d'Heidelberg, de Cologne, de Leipsick, d'Erfurth, de Rostock sur les rives de la Baltique, érigées à la fin du xvr siècle, s'ajoutaient,

Page 1