LES UNIVERSITÉS ALLEMANDES
grâce aux libéralités de l'Église, des princes, des nobles ou de riches bourgeois, aux dotations, aux revenus dont on les comblait, dans l'espace de cinquante années, au xv° siècle, les universités de Grcifswald, aussi sur les bords de la Baltique, de Bâle, de Fribourg en Brisgau, d'Ingoldstadt en Bavière, de Trêves, de Mayence, de Tubingue en Wurtemberg, 1477, de Willemberg en Saxe, 1502, de Francfort-surroder en 1506. Les fondateurs étaient heureux, disait l'un d'eux dans son acte de fondation, « d'ouvrir ces sources de la vie, dont l'eau vivifiante se répandrait sur toute la terre pour y porter la fécondité du savoir et la bénédiction de la saine sagesse, à la plus grande joie des générations nouvelles et à la gloire de ce qu'il y a dans l'humanité déplus élevé et de plus sublime» ; et ces universités, sans répondre complètement à ce pompeux programme, préludaient cependant, par leur vie déjà intense, par leur 'activité souvent fiévreuse et par la place qu'elles commençaient à prendre dans la société de ce temps, au rôle populaire qu'elles ont depuis joué, à l'influence qu'elles ont exercée, à l'éclat qu'elles ont jeté, à plusieurs époques de l'histoire de la civilisation allemande.
Corporations toutes puissantes et reconnues, fondées et grandies avec le concours et l'entente de l'Église et des puissances séculières, mais indépendantes, se donnant elles-mêmes leurs statuts, régies et administrées par ellesmêmes, avec leur juridiction propre, leur inviolabilité, leurs privilèges, leursexemptions d'impôts, leurs ressources personnelles, elles avaient la liberté qui fait la vie; et elles devaient leurs rapides succès à ce moment unique et privilégié, rare dans la vie des peuples, oîi une abondante et pleine floraison suit la propagation d'une plante nouvelle sur un terrain encore vierge et favorable. Les plus petites
comptaient jusqu'à huit cents, les plus grandes jusqu'à deux mille écoliers. Population turbulente, de tout âge, venue de tous les points de l'horizon, à Rostock et à Greifswald, des pays Scandinaves; à Cologne, de l'Angleterre et de l'Ecosse ; à Vienne et à Ingoldstadt, de la Pologne, de la Hongrie, d'Italie, ces jeunes recrues de la science, partagées en nations, ou groupées, les Allemands surtout, les plus nombreux, en sociétés d'archers ou de bacchanales vivant, pour la plupart du temps, d'aumônes, étudiant souvent sans livres, dévorant, la bouche béante et les yeux fixes, les paroles du maître, transportaient tumultuairement de ville en ville et d'école en école leur intelligence neuve, leur curiosité insatiable et leur bruyante activité.
Non seulement les écoles de haut enseignement, les universités ne manquaient pas en Allemagne, auxv° siècle; mais les établissements d'instruction moyenne et les écoles pour enseigner la lecture et l'écriture aux entants, garçons et filles, même dans les petites villes et les villages des régions les plus reculées de l'Allemagne, étaient nombreuses. S'il faut en croire une chanson allemande du temps, les écoliers allaient avec leurs maîtres chercher dans les bois les verges pour les fouetter et ils les rapportaient avec des couronnes de fleurs sur leurs têtes, en répétant gaiement qu'elles leur feraient sur le dos plus de bien que de mal. Une gravure sur bois d'Albert Durer, en ISIO, nous représente l'instituteur du temps la main droite armée d'une baguette, la gauche posée sur un livre ouvert et les bambins curieux assis sur des escabots, le col tendu et l'encrier pendu à la ceinture.
Le f secret merveilleux », — « l'art divin », — « l'art allemand », comme on disait alors, l'imprimerie, « cette institutrice de tous les arts »», répandue et divulguée depuis