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JEUNESSE ET ROLE D'ÉRASME

généreuse de l'esprit nouveau qui cherche par ses seules forces l'énigme de la vie et de la nature et qui souffre de ne point la trouver. Mais l'artiste qui était bien de son tempsadoucit la triste impression de sa troisième œuvre en faisant briller l'arc-en-ciel sur la vaste mer, comme un symbole d'espérance et de paix.

Le philosoplie Érasme avant Luther; un pamphlet macaronique

On craint d'être banal quand on dit qu'un homme surtout représente et résume ordinairement toute une époque et que, pour la bien faire connaître et éclairer, c'est cet homme surtout qu'il faut étudier et mettre en lumière. Si le docteur Martin Luther représente bien la Réforme, parce qu'il y a joué le rôle le plus considérable, Érasme représente le mieux la Renaissance allemande qui l'a précédé. On l'appelle le vrai prince et coryphée de la Renaissance ; on le qualifie assez justement de philosophe, pour signaler en lui la recherche libre et rationnelle de la vérité qui, à la fin du xv« et au commencement du xvi« siècle, agitait les universités et le monde lettré, mais déchaînait aussi déjà le scepticisme dans un grand nombre d'esprits.

Jeunesse et rôle d'Erasme

Né, vers 1564, à Rotterdam, d'une faute qui précipita'son père dans un couvent, condamna sa mère à l'abandon et le

fil orplielin à l'âge de quatorze ans, Érasme tomba entre les mains d'oncles et de tuteurs avides et infidèles qui le jetèrent dans un couvent pour s'en débarrasser. Amené là, moitié par force, moitié par séduction, jusqu'au noviciat et aux vœux perpétuels, quand l'esprit nouveau de la Renaissance pénétrait même jusqu'au fond des cloîtres, l'adolescent, avec la vivacité et la précocité rares de son esprit et le ressentiment des circonstances et des souvenirs de ses premières années, semblait réunir tout ce qui devait lui inspirer le goût de la liberté des études et de la vie en même temps (ju'une rancune passionnée contre ces murs qui enfermaient sa jeunesse et contre ces vœux qui enchaînaient sa vie. Signalé de bonne heure, pour ses progrès dans les lettres par un des patriarches (fe la Renaissance, Agricola de Groningue, il préférait au marmonnement des prières pendant les offices de la nuit, la lecture à la dérobée des poètes anciens qui souriaient alors à tous d'une fraîche nouveauté, et à la promenade et à la conversation avec les frères dans les longs et étroits corridors, la rêverie solitaire et inquiète qui de la cellule l'emportait dans le tumulte du monde.

Aussi, quand la protection d'un bon évoque le fit passer de la règle du couvent à la liberté relative de l'Église séculière, il alla étudiera Paris, «la seule ville du monde oi^i l'on trouvât des moines savants, des théologiens peu disputeurs et des magistrats amis de la justice, » à l'université de Louvain, plus maussade, à celle plus avenante d'Oxford, dans la gaie Angleterre oii il se fit de bons amis, entre autres Thomas Morus et où, avec les muses, il lutina « les nymphes enjouées et accortes ». Quand il eut appris, par un travail acharné, tout ce qu'on enseignait alors de latin et de grec, d; littérature ancienne et même de la bonne théologie que,

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