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L'ŒUVRE D'ÉRASME

l'étude du christianisme des spéculations abstraites et raffinées, où la scolastique finissante l'avait amenée, à la méditation des ouvrages des Pères et des textes mêmes de l'Ecriture qu'il édite et explique également; et il s'efïorce, en associant et en conciliant ces deux directions, d'arraolier les générations nouvelles à la vieille méthode du moyen âge et de les entraîner à sa suite dans une voie nouvelle et, selon lui, plus chrétienne et libérale. C'est à une éducation moderne qu'il convie l'esprit humain.

Pour faire goûter l'antiquité classique, Érasme ne se contente pas de donner de faciles et un peu libres traductions latines, soit du tragique Euripide, de l'orateur Isocrate, de Xénophon, du satirique Lucien, ou d'éditer le moraliste Sénèque et l'historien Suétone. Dans ses dialogues vifs et spirituels, imités de Platon, dirigés contre les scolastiques et intitulés les Anti barbares, il plaide la cause des lettres païennes dont il veut faire la meilleure préparation à l'intelligence des vérités chrétiennes. Ses Adages, recueil de proverbes, de maximes, de sentences, « étincelles de la sagesse antique, si saintes, disait-il, qu'elles semblaient inspirées de l'esprit divin, » résument, sous une forme brève et claire, toute la raison des anciens, appropriée aux circonstances et aux besoins de la vie pratique. Le français Guillaume Budé disait alors que c'était « l'arsenal de Minerve, le jardin d'Âlcinoiis ».

Érasme ne prétend pas mettre par là, comme disaient ses ennemis, les enseignements des écrivains païens au-dessus ou à la place de ceux du christianisme. Seulement, son livre de la Méthode de la vraie théologie, vise à arracher celle-ci aux gloses, aux définitions, aux arguties scolastiques des derniers successeurs de VAnge de l'École ou du Docteur subtil, pour la remettre à l'étude des documents

primitifs, oi-iginaux, du cliristianisme lui-même. Il en donne l'exemple par ses travaux sur saint Jérôme, saint Basile, saint Augustin, sur les psaumes, et par son édition du texte grec des Évangiles, mise en regard de la Vulgate seule répandue alors.

Sa préoccupation surtout c'est de faire pour la théologie ce que Socrate a voulu faire pour la philosopliie: la forcer à redescendre sur la terre. Dans son Manuel du chrétien, h travers l'allégorie, la figure, les récits légendaires, les mots, il s'efforce d'arriver au sens, à l'idée, à l'esprit des choses, à dégager la religion, la morale chrétienne, des cérémonies, des pratiques, des dévotions extérieures, dont le moyen âge avait surchargé le culte, et à élever le chrétien au-dessus de ce qu'il voit et de ce qu'il touche. Autres temps, autres besoins! A l'éducation scolastique qui avait fait des clercs ou des chevaliers, il cherche à substituer une sorte de philosophie qui ferait, au xvp siècle, un honnête homme, un citoyen utile en même temps qu'un chrétien.

Pour Érasme, c'était se crépr un nouveau diocèse sans limites dont il se faisait par la parole et par les livres non seulement l'évoque, mais le directeur. On le voit bien dans ses opuscules, ses dialogues ou colloques, où il descend dans les détails mêmes de l'éducation et de la vie et semble vouloir disputer l'instruction et la direction des âmes à l'Église et surtout aux ordres religieux. Fils de l'amour et célibataire forcé, il défend la famille contre les excès assez grands alors de l'ascétisme chrétien et contre la propagande ardente des couvents. Dans un de ses dialogues un jeune homme cherche à détourner du cloître une jeune fille dont il voudrait faire une bonne mère de famille. « Vous voulez être chaste et pauvre ; qui vous empêche'

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